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Médias, Musique, Cinéma : Chronique d’un monde digital

Après le disque physique et la distribution numérique, les maisons de disques seraient-elles en train de perdre leur main mise sur le publishing ?

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La crise du disque entraîne de profonds bouleversements dans les relations qu’ont les artistes avec les maisons de disques. Auparavant, la maison de disque ou le label intervenait à tous les niveaux. Un artiste en contrat avec sa maison de disque n’avait généralement pas intérêt ni l’intention d’aller voir ailleurs.

Ce temps est révolu, et la baisse des ventes de disques physiques modifie totalement la donne. Si comme je le pense, le disque physique va presque disparaître dans les toutes prochaines années, ce bouleversement risque de secouer fortement les habitudes et les relations entre artistes et la traditionnelle maison de disques.  Le Midem à vu émerger cette année le statut de l’artiste entrepreneur. L’artiste devient un média ou même une marque à part entière. Le rapport de force risque bien de s’inverser plus les artistes les plus populaires seront tentés de céder aux sirènes de nombreuses sociétés spécialisées dans la gestion des droits regroupant la multitude d’utilisations possibles,  dont la diffusion des titres sur les différentes plateformes de téléchargement légal.

Comment une maison de disques va pouvoir retenir certains artistes alors que les volumes de ventes et la force commerciale pour distribuer le disque physique ou la promotion vers les différents médias ne seront plus un argument suffisant pour les garder en contrat ?

Alors que les revenus d’un artiste étaient majoritairement monocanal via le disque, la numérisation et la baisse des ventes de disques font mécaniquement basculer une partie des revenus vers des revenus multicanaux avec la gestion des droits en forte croissance et une implication plus grande de l’artiste. De nombreuses sociétés sont apparues aux Etats-Unis ou en Europe dont Kobalt Music, une compagnie américaine fondée il y a une dizaine d’années par Willard Ahdritz ou encore Fuga Music, basée à Amsterdam dont le fondateur Martijn Tjho a fait fortune en revendant sa société spécialisée dans les jeux vidéos à Endemol.

Ce qui rend ces 2 sociétés attractives pour les artistes c’est une promesse d’une plus grande visibilité de la gestion et utilisation des droits et surtout un paiement des droits et royalties bien plus rapide que chez un éditeur traditionnel. En clair, alors qu’il fallait parfois attendre des relevés de diffusion très longtemps, la promesse de Kobalt Music c’est une division par deux du délai de paiement qui est traditionnellement de deux ans dans le métier et une augmentation de 25 % des royalties perçues par l’artiste.

La liste des artistes ayant rejoint Kobalt Music ne cesse de s’allonger : LMFAO, Joss Stone, No Doubt, Kid Cudi, Dave Stewart, Pearl Jam ou encore DJ Shadow se sont laissés séduire par les propositions de Kobalt Music. Un signe de cette forte poussée de la société dans l’édition, la part de marché des titres détenus par Kobalt Music qui talonne EMI et devance Universal Music Publishing, Sony ATV et Warner Chappell  dans les airplays radios américains.  C’est une véritable révolution pour l’artiste qui gagne en visibilité, transparence et rapidité. Kobalt Music fournit en effet un état quotidien et hebdomadaire de l’utilisation des titres.

Dans cette course à la rapidité et la transparence, une société française, MediaForest permet également un tracking plus fiable de la diffusion de ses titres pour avoir un réel retour sur la diffusion en radio ou en télévision. Même une diffusion de deux secondes d’un titre est détectée. C’est donc un réel avantage et un moyen d’estimer des futurs paiements dont les droits Sacem mais aussi de suivre la vie d’un titre que ce soit du côté de l’artiste ou de la maison de disque qui peut ajuster la promotion ou le marketing.  Kollector, société qui fait également du tracking à l’échelle planétaire annonce 56 pays suivis et prochainement jusqu’à 10 000 radios analysées !

C’est donc une course contre la montre pour les majors qui connaissent un phénomène de concentration dans l’activité disques mais également dans le publishing. Elles sont donc en train de s’adapter également dans la gestion de droits pour répondre activement aux nouvelles exigences des artistes qui souhaitent avoir une visibilité plus grande dans leurs revenus et dans la gestion de leurs droits. De prestigieuses sociétés telles que Getty Images se lancent également dans la gestion de droits dans la musique avec notamment un accord récent avec Joss Stone annoncé lors du dernier Midem.

Pour les maisons de disques et leurs branches publishing, il va falloir faire preuve de pédagogie et de transparence pour rassurer les artistes et juguler les tentatives d’émancipation. Une fois de plus, c’est la technologie et le numérique qui vient aiguillonner les acteurs installés et les obligent à s’adapter rapidement. L’importance stratégique et la croissance des  droits voisins dans l’économie du secteur mais aussi dans la part des revenus des artistes fait que la concurrence entre acteurs installés et nouveaux entrants va s’exacerber. Le marché des droits voisins pèse près d’1,5 Milliards de $ à l’échelle planétaire.

Là encore, le virage est serré pour les maisons de disques qui se doivent de réagir vite avec de nouvelles idées et des technologies dignes de startups. Kobalt Music est présente sur plusieurs territoires dont les Etats-Unis et l’Europe avec seulement 85 employés

Joss Stone s'est affranchie d'EMI et a signé des accords de gestion de ses droits avec Kobalt Music et Getty Images Music

Auteur : admin

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