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Médias, Musique, Cinéma : Chronique d’un monde digital

Bruno Crolot Directeur du Midem

Bruno Crolot, Directeur du Midem, nous dresse le bilan de l’édition 2012

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Le Midem 2012 s’est clôturé mardi sous quelques flocons mais l’effervescence était bien réelle et ce dès le samedi matin. Les habitués ont été un peu perturbés à leur arrivée, le palais n’étant presque plus utilisé au détriment des espaces qui sont proches de la mer.

Le bilan pour l’équipe du Midem est bon puisque la fréquentation est en progression, une première depuis 5 ans, le chiffre a progressé de 13 % avec près de 7000 visiteurs.

Le Midem a aussi été le théâtre le 28 janvier,  de la signature d’un accord-cadre qualifié « d’historique », ouvrant la voie à la création du Centre national de la musique (CNM). Prévu pour voir le jour cette année, cet organisme, soutenu par le gouvernement, devra fédérer la filière musicale et en « défendre les intérêts communs », mais aussi favoriser la création et la diversité musicale, améliorer l’accès de tous aux œuvres musicales, y compris les moins exposées, et l’irrigation des territoires, grâce à des aides.

Bruno Crolot, directeur du Midem répond à mes questions :

Luc Michat :

Le Midem n’est pas encore terminé lors de cette interview mais quel est le premier bilan ?

Bruno Crolot : Bonne impression, j’étais très content de découvrir ce Midem que l’on a pensé pendant un an. Je crois qu’il a rempli ses objectifs et que les visiteurs ont été satisfaits puisque d’ailleurs ils sont venus plus nombreux de 13 % cette année, une première depuis 5 ans. Les visiteurs étant des personnes qui ne sont pas rattachées à un stand et c’est un signe très positif. Beaucoup de nouveautés ont plu et correspondent à ce que nos clients attendent, c’était vraiment un des projets de cette année. Pour résumer, on a refait entièrement la décoration du magasin en gardant le rideau ouvert et les clients qui rentrent.

LM : Vous avez baissé le prix des inscriptions de 30 %, est-ce que l’équilibre financier du Midem est assuré pour les années à venir ?

BC : Tout à fait, on a fait un vrai effort sur le prix des participants qui ne sont pas liés à un stand ou un pavillon. Depuis plusieurs années, on nous faisait remonter les préoccupations liées au coût global pour venir au Midem. Dans le coût global, il y a l’accréditation, le transport, l’hébergement… et l’accréditation représente 30 % du coût global donc on a voulu travailler la dessus pour avoir plus de monde et aller chercher ces populations différentes et plus jeunes et notamment de celles qui venaient au Midem traditionnellement. Pour les artistes, il y a même un tarif très bas à 295 € qui a fonctionné puisque 320 sont venus à ce tarif. Un équilibre financier se construit entre une balance de coûts et de revenus. Nous avons adapté nos coûts de manière à garder l’équilibre financier. Cela a été un challenge car nous avons beaucoup investit, il y a deux fois plus de conférences que l’année dernière, il y a le festival sur lequel on a beaucoup investit et le Midem Off.

LM : Cette année, l’ambiance était plus celle d’une startup, c’était un des objectifs ?

BC : On a voulu s’adapter à l’environnement et le business de la musique pour que chacun se retrouve à l’aise au Midem. C’est compliqué car il y a de plus en plus de populations différentes et notre rôle est d’être les entremetteurs et ce sera également le challenge pour l’année prochaine  d’encore fluidifier les relations et que personne ne se sente à l’écart, que le business soit optimisé car nous sommes là également pour faciliter des accords et des rencontres.

LM : Le statut de l’artiste est en train de changer, on le voit bien au sein du Midem ce statut bascule de plus en plus vers la marque ou l’entreprenariat ?

BC : L’artiste entrepreneur est une tendance forte notamment aux Etats-Unis et cela commence à irriguer en Europe aussi. Pour nous un artiste entrepreneur c’est soit un artiste totalement indépendant qui fait son métier d’artiste tout seul et en vit plus ou moins bien et c’est également un artiste signé dans un label Indé ou une Major et qui veut être plus impliqué sur la façon de gérer sa présence artistique et sa relation avec le public.

LM : Le Midem demeure le lieu mondial où on annonce et décide des accords importants pour la musique ?

BC : Oui tout à fait, on a eu une forte effervescence avec la signature du CNM (Centre National de la Musique, ndlr), c’est donc formidable d’être le lieu ou ces choses là se discutent ou s’annoncent. Nous sommes le reflet de l’industrie musicale française mais également institutionnelle avec une forte présence de l’Allemagne représentée par 4 ministres. L’Allemagne, plus gros pavillon cette année au Midem. Nous sommes l’événement international de la musique par excellence avec 75 nationalités présentes.

LM : On ne fait presque plus allusion au disque physique dans les conférences de presse ou les annonces alors qu’il représente encore la majorité des ressources de la filière, notamment 75 % du chiffre d’affaires en France ou en Angleterre par exemple. En parallèle, Alexandre Bompard, PDG de la Fnac, semblait annoncer dans une tribune aux Echos qu’il allait se désengager fortement du disque dans les mois à venir, j’ai l’impression qu’on ne veut pas en prendre conscience réellement ?

BC : Pour être un ancien d’une major, Sony Music, si, la prise de conscience est là, l’évolution du marché est évidente. La consommation du public fait que le CD est le format qui décline, à l’industrie de s’adapter et d’être créative artistiquement et commercialement pour suivre cette évolution. Au Midem, on parle de la musique, de l’artistique et de comment la faire évoluer et la faire connaître. On est dans une période de grands mouvements mais les signes positifs commencent à être patents, on touche peut être un plateau et on n’est pas à l’abri de retrouver la croissance. Nous avons le même espoir pour le Midem.

LM : Sommes nous en train de basculer vers des artistes plus mondiaux au détriment des artistes nationaux dont la France ou l’Allemagne qui eux ne peuvent pas se battre à l’échelle planétaire ?

BC : C’est problématique et cela oblige l’industrie au sens vraiment large, à la fois les artistes et les labels, à remettre un certain nombre d’usages et d’acquis du passé en question. On est là pour montrer ce qui peut se faire pour optimiser la carrière d’un artiste ou l’activité d’un label, notre job, c’est d’être les experts de ce qui existe et de ce qui peut exister sur le marché pour que l’industrie musicale et l’écosystème de la musique aient les meilleures chances d’en bénéficier.

LM : Kevin Roberts le CEO de Saatchi&Saatchi a tapé très fort sur l’industrie du disque en amont du Midem lors d’une interview accordée à Musique Info Hebdo, il a semblé plus consensuel lors de sa keynote de lundi en ouverture du Visionary Monday ?

BC : Il a été assez radical mais je crois qu’il a montré lundi qu’il avait une affection immense pour la musique et ce qu’elle représente. Je pense que l’on peut se permettre d’être un peu sévère avec ce qu’on aime et il a montré qu’il était a fond derrière la musique et ce qu’elle représente et ce qu’on peut en faire dans son métier à lui et pour le bien du public.

 

      

Auteur : admin

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