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Coldplay et les Black Keys nous rejouent le boycott du streaming

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Deezer spotify

Une pure coïncidence liée au calendrier de sorties ou une réelle stratégie ? La décision de deux groupes majeurs de Warner Music de ne pas publier leurs nouveautés immédiatement sur les plateformes de streaming est un petit caillou dans la chaussure des plateformes de streaming. Souhaitons-leur que cela ne devienne pas une habitude pour ne pas amputer le développement du streaming via un abonnement payant.

De la trésorerie et vite

L’exclusivité donnée à Apple avec iTunes  pour la vente des grosses nouveautés telles que Coldplay (groupe récupéré par Warner après la fusion Universal-Emi, le label Parlophone dont Coldplay faisait partie, a été vendu à Warner pour des questions de concurrence) ou The Black Keys, montre la nécessité pour les maisons de disques et les producteurs de récupérer des fonds très vite, dès la sortie, ce que la vente de disque physique et le téléchargement légal permettent. Les revenus du streaming sont des retours sur investissements bien plus lents et bien moins importants que lorsqu’un client achète un disque complet 15 € ou le télécharge légalement pour 11 €. L’avantage, c’est qu’une fois encaissé, même si l’album n’a pas le succès escompté ou est pas aussi bon qu’attendu, les ventes directes rentrent au bilan rapidement et les acheteurs ne se font pas rembourser. Sur le streaming, pour qu’il soit écouté, l’album doit rencontrer le succès, être au top comme une bête à concours et rester dans les airplays radios sur une longue période, bénéficier d’un bon bouche à oreille, des concerts ou autres expositions, sans quoi, l’album et ses titres ne seront que très peu écoutés.

La position de deux de ses groupes par rapport au streaming arrange aussi probablement Warner Music. La maison de disques vient de récupérer le catalogue Parlophone, Warner n’a pas eu de grosses actualités depuis de nombreux mois, elle veut désormais maximiser ses investissements et profiter de la notoriété et de l’accueil d’artistes comme Coldplay et The Black Keys pour regagner des parts de marché face à Sony et Universal. Mais il est surtout fort probable que la décision finale ait été décidée par les artistes eux-mêmes et leur management.

Quelle réaction pour les clients du Streaming ?

Les fans de Coldplay ou autres artistes dont l’album est attendu sont impatients et trépignent pour le jour de la sortie. Ne pas pouvoir disposer de l’album à l’écoute pour un client de Spotify ou Deezer est une grosse frustration. Cela a été déjà le cas pour Beyonce en décembre, le réflexe des fans est de passer à la caisse sans rechigner. La réaction naturelle est aussi de pester contre la plateforme qui se dégagera vers le producteur comme peut le faire Spotify en indiquant un message du type «L’artiste ou ses représentants ont décidé de ne pas diffuser cet album sur Spotify. Nous essayons de les convaincre et espérons qu’ils changeront bientôt d’avis »(voir ci dessous) afin de se dédouaner vers les artistes ou les représentants. Seuls les titres mis en vente avant la sortie sont disponibles à l’écoute sur les 9 titres qui composent le nouvel album « Ghost Sorties ». « Magic », un des trois titres rendu disponible en streaming, a déjà écouté plus de 55 millions de fois sur Spotify. Concernant Deezer, ils ne font pas mention de la sortie de l’album de Coldplay. Pour The Black Keys, certaines informations portent même à confusion car deux anciens albums sont indiqués comme sortis en 2014… La confusion est donc à son comble pour l’abonné qui devra soit acheter l’album sur iTunes ou en physique, attendre ou le télécharger illégalement s’il veut le découvrir dès sa sortie. Pour ces artistes, le streaming est utilisé comme support de promotion en ne diffusant que quelques titres pour donner envie, s’en servir de tremplin, faire du teasing, rien de plus,  mais il faut acheter pour écouter l’ensemble, comme c’était déjà le cas pour la radio, c’est un peu le Peep Show de la musique !

Message de Spotify à destination de ses utilisateurs pour expliquer la non disponibilité dès sa sortie de l'album Ghost Stories de Coldplay

Message de Spotify à destination de ses utilisateurs pour expliquer la non disponibilité dès sa sortie, de l’album Ghost Stories de Coldplay

Ne pas trouver une nouveauté comme le dernier Coldplay ou des artistes qui ne souhaitent pas mettre leur catalogue en streaming montre bien les limites du streaming car si vous payez un abonnement mensuel d’électricité, de téléphone ou d’eau, vous n’acceptez pas de rupture de service, ici, il y a bien des failles. C’est l’un des principaux freins au développement plus rapide du streaming. Comme dans le cas du Copy Control (système anti-copie, mis en place par les maisons de disques pour éviter le piratage), où les albums achetés étaient parfois rendus non lisibles sur PC ou Autoradio, le client qui paie est finalement pénalisé par rapport à celui qui se procure de la musique illégalement ou doit repasser à la caisse pour l’avoir tout de suite.

Coldplay est coutumier du fait. Pour le précédent album « Mylo Xyloto », le groupe avait attendu 4 mois avant de lever l’embargo et libérer les titres pour le streaming. Etant producteur et maître de ses enregistrements, le groupe est bien conscient des enjeux. Couper le robinet du streaming pendant quelques mois favorise la vente de disques physiques et en téléchargement légal, mais que se passe t-il aussi du côté du piratage ? Le groupe a même commercialisé une version Deluxe avec 3 titres bonus afin de favoriser le physique. Une fois de plus, on se rend compte combien les fans de musique sont pris en étau face à ces revirements de positions. Le jeu semble en valoir donc la peine si Coldplay réitère cette mise sur le marché en deux temps d’autant que l’album « Ghost Stories » ne bénéficie pas d’un bon bouche à oreille et sera beaucoup plus dur à vendre en dehors du cercle des fans. Après avoir vendu plus de 8 millions d’albums du précédent, cela va être dur pour le groupe de Chris Martin de ne faire ne serait-ce que la moitié avec un album plutôt sombre, expérimental, répétitif, et avec peu de titres qui seront de gros hits.

Coldplay, où la chronologie des médias dans la musique ?

On en revient à la fameuse chronologie des médias, où comme dans le cinéma, il faut aller voir un film en salle pour en profiter ou le télécharger illégalement. Sinon, il faut attendre la VOD ou le DVD 4 mois après la sortie en salle ou la diffusion en télévision un peu plus tard. Les abonnés au streaming paient au final deux fois s’ils achètent l’album en téléchargement légal ou disque physique pour pouvoir l’écouter immédiatement et s’ils ne choisissent pas de se le procurer dans l’illégalité.

Seuls des albums très attendus ou des locomotives comme Coldplay peuvent se permettre ce type de mise sur le marché séléctive en faisant l’impasse sur le streaming dont la part de marché reste en forte progression par rapport au disque physique et au téléchargement légal qui déclinent. Sauf que là encore, en bons hommes d’affaires et stratèges, des Groupes comme Coldplay ou Beyonce prouvent bien le gros point d’interrogation que représente le streaming pour les artistes. Les maisons de disques elles sont plus confiantes car elles ont le temps pour exploiter un catalogue, un artiste veut un retour sur investissement presque immédiat comme cela a été le cas depuis la création du support physique dans l’industrie de la musique.

Cela représente indubitablement un mauvais signal envoyé aux amateurs et fans de musique qui paient et sont abonnés à une plateforme de streaming. Coldplay ou d’autres artistes savent très bien pourquoi ils le font. Ils ont la maîtrise de leurs titres produits, si ce type de procédés venait à devenir plus fréquent qu’épisodiquement dans l’année, cela poserait un réel problème à des acteurs comme Spotify ou Deezer qui seraient alors contraints de sortir leur chéquier pour assurer des minimums garantis importants sans savoir le réel accueil ou succès d’un album dans le temps. En face, Apple tente aussi de reprendre la main en négociant de plus en plus d’exclusivités avec des artistes prestigieux pour refaire venir du monde vers iTunes vu qu’ils n’ont pas encore de solution efficace pour contrer la montée en puissance des principaux acteurs du streaming.

Auteur : admin

Usages, consommation, modèles économiques : Ce que change et implique le passage à un monde dématérialisé Ex Universal, France TV, Les Echos Passionné d'actu, de musique, cinéma, économie, nouvelles technologies...

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  • un passant

    Bonjour.

    Je ne comprenais par pourquoi il n’y avait pas tous les morceaux du dernier coldplay sur deezer (abonné) Je n’ai pas cherché d ailleurs. Merci de cet article.

    Depuis j ai croisé plusieurs fois le cd en boutique (cela m arrive aussi d’acheter physiquement pour certains artistes (Je ne suis pas tout jeune))
    Et bien le Coldplay est resté sur sa gondole. Il restera aussi sur le plateforme itune et consoeurs pour ceux qui ont des abos deezer ou autres je pense.

    Il y arrivera, ou pas sur Deezer, ça n’empêchera ou plutot ne favorisera qu’une chose selon moi et comme vous le soulignez, l illégal.

    Les artistes sont sans doute sous payés sur ces streaming, mais, la encore uniquement selon moi, ces deezer, spotify et autres sont une bonne chose pour tout le monde.
    Aux artistes de negocier un + s ils ont une notoriété negociable et attirante pour ces plateformes.

    Quanrt au coldplay, je le trouve un peu mou, mais c est une autre histoire.

  • Admin

    Bonjour et merci pour votre message.
    Je suis d’accord avec vous mais il est probable que sur le court terme, le groupe s’y retrouve. Pour cet album, je fais publier très prochainement une crtique. Je me suis donné le temps de l’écouter plusieurs fois et sur plusieurs jours afin de me faire une idée et ne pas écrire sur l’instant. Il y a en effet beaucoup de choses à dire par rapport à cet album qui est comme vous dites très mou…

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