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Médias, Musique, Cinéma : Chronique d’un monde digital

En quoi les disparitions de Whitney Houston, Amy Winehouse ou Michaël Jackson révèlent l’incompréhensible formation des prix dans la musique ?

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Ce qu’il y a de bien avec  Internet, c’est que le consommateur peut vérifier les prix instantanément, et le changement d’étiquettes est plus facilement vérifiable. La polémique de ce début de semaine sur la remontée spectaculaire des prix des albums de Whitney Houston révèle un mécanisme de formation des prix bien spécifique à l’industrie du disque.  On a tous fait l’expérience de vérifier immédiatement après la mort d’un artiste, le prix de ses albums sur Amazon ou iTunes et d’observer le lendemain une vertigineuse augmentation. Cela a été le cas pour Michael Jackson, Amy Winehouse et dernièrement Whitney Houston. Pourquoi en quelques jours, des références ont vu leur prix augmenter, parfois jusqu’à doubler ?

En économie, dans un marché non perturbé, c’est l’offre et la demande qui donne le prix d’un bien et d’un produit. Plus un bien est rare et la demande forte, plus il est cher. La disparition d’un artiste signifie qu’il ne produira plus de disques ni de concerts. Cela entraine t-il mécaniquement un effet de rareté pour que les prix s’envolent ?

A la différence du cinéma ou de l’édition, le prix du disque est devenu incompréhensible par le public. Une même référence peut voir sont prix être modifié 4 ou 5 fois sur une même année en fonction de la saison, de l’actualité de l’artiste ou d’opérations commerciales négociées avec les distributeurs.  Pour un ouvrage en poche par exemple, le prix ne peut être modifié si l’écrivain disparaît. Pareil pour un film en salle, un réalisateur qui décède n’entraîne pas une hausse du prix de l’entrée. Pourquoi est-ce le cas pour la musique ?

Le battage médiatique et l’exposition massive des titres en télévision ou radio ainsi que la ruée du public vers les disques et titres digitaux de l’artiste est l’une des principales raisons de la tentation des maisons de disques et distributeurs de faire varier les prix alors que les ventes sont très faibles depuis 10 ans. On le sait, les Beatles, Elvis Presley ou Michael Jackson sont des locomotives pour toute la filière. De plus, il y a dans les jours qui suivent l’annonce de la mort de l’artiste, un réel effet de raréfaction pour les produits physiques.

Dans le cas de Whitney Houston, après la fusion avec Sony, les stocks en provenance de BMG ont du fondre, et l’on sait très bien que pour une question de coûts de stockage, on préfère  «casser » que stocker des références. Sony Music n’avait probablement en stock, au lendemain de la disparition de la chanteuse, que quelques milliers de pièces disponibles, ce qui explique que sur Amazon, le délai de livraison soit entre 2 et 4 semaines pour les références en physique ! (Ndlr : Ce délai annoncé semble s’être considérablement réduit depuis la rédaction de cet article. Amazon, contacté par téléphone, ne veut pas commenter. Les principales références de Withney Houston ont été, sans aucun doute, refabriquées en début de semaine et livrées dans la foulée.)

La question est de savoir si c’est choquant de remonter les prix face à une telle croissance de la demande ? En raisonnant de manière économique, c’est un ajustement du prix en fonction de l’offre et de la demande face à l’événement le plus marquant de la carrière d’un artiste distribué. Lorsque ce même artiste est connu mondialement, la caisse de résonance est sans aucune mesure.  Les maisons de disques n’ont pas pour vocation d’être philanthropes. Oui, elles demeurent mercantiles quand elles augmentent les prix de cette manière mais c’est dans l’ADN de chaque entreprise commerciale qui met des produits sur un marché, même des produits culturels.

 L’émoi est plus important désormais  car ce type de variation de prix se voit immédiatement et est relayé massivement par les réseaux sociaux. Auparavant, lorsque le canal de distribution était seulement via les disquaires, on avait le temps, le matin avant l’ouverture, de modifier les étiquettes, sans que le consommateur puisse s’en apercevoir en masse.

Auteur : admin

Usages, consommation, modèles économiques : Ce que change et implique le passage à un monde dématérialisé Ex Universal, France TV, Les Echos Passionné d'actu, de musique, cinéma, économie, nouvelles technologies...