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Fnac : La bourse ou la mort ?

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Après de nombreuses hésitations et tentatives de ventes, PPR qui veut se recentrer sur le luxe et se débarrasser de ses canards boiteux se décide à mettre en bourse la Fédération Nationale des Cadres crée en 1954 par deux anciens Trotskystes.

Mettre en bourse la Fnac, très bien, mais à quel prix ? Alors qu’aucun investisseur ou fond de pension n’a vraiment montré d’intérêt pour le dossier, pourquoi la Bourse serait intéressée par une entreprise lourdement chahutée par l’arrivée du digital, de la modification des usages et utilisations qui en est liée mais surtout par une concurrence exacerbée sur la vente des TV, PC, Téléphones ou appareils photos ?

La Fnac est une vieille fille trop fière pour s’être profondément adaptée aux mutations des comportements de ses consommateurs. L’entreprise s’est toujours comportée de façon hégémonique face à la concurrence des disquaires indépendants ou distributeurs Hi-Fi. Lorsque dans une agglomération, la Fnac arrivait, il  s’en suivait la disparition des petits disquaires qui n’avaient alors plus les mêmes rapports avec les maisons de disques qui ne voyaient pas quel intérêt elles avaient à envoyer quelques cartons alors que la Fnac prenait des palettes entières. Sauf que cette époque est bien révolue, et l’ensemble du parc de magasins Fnac paraît désormais bien trop grand vu la réduction déjà effectuée des rayons disques. L’enseigne se comporte aussi de façon très contestée avec ses fournisseurs. Beaucoup de labels indépendants dans le disque se plaignent de leurs relations avec la Fnac et la quasi disparition des rayons disques ne peut que tendre les relations.

La vertigineuse chute des ventes de CD, DVD, désormais suivie par le livre physique qui  montre lui aussi des signes de faiblesse fait que ces 3 rayons qui prenait la grande majorité de la surface des magasins sont en déclin, depuis plus de 10 ans pour le disque et va commencer son érosion pour le livre avec l’augmentation de l’équipement en tablettes numériques.

La Fnac d’aujourd’hui est-ce des  petits espaces dans des gares ou centres commerciaux tels des Relay pour la presse et le livre à l’image des espaces ouverts à la Gare de Lyon ou des espaces Hi-Tech au cœur des villes avec des produits à forte valeur ajoutée ?

Si la Fnac veut se démarquer des autres enseignes, elle ne peut que le faire par le haut pour toucher des publics à fort pouvoir d’achat qui ne vont pas chercher à gagner 50 € en allant acheter des produits sur internet.

Mais la plus grosse erreur de la Fnac, c’est d’avoir pensé que sur son seul nom et par le biais des ses nombreux membres (2, 7 millions), elle allait reproduire avec son site le succès connu dans les années 70 à 90 où les clients achetaient à tour de bras des PC, magnétoscopes, platines laser, chaines Hi-Fi ou appareils photos. Désormais, le numérique fait qu’un disque dur, une tablette ou  un PC suffisent pour pouvoir lire des films et le streaming légal ou illégal font que les habitudes de consommation sont modifiées irrémédiablement.

Comment ne pas voir que la Fnac est distancée dans la consommation digitale ? Elle ne représente qu’1 % du marché du téléchargement de titres musicaux et elle abandonne même le navire dans le téléchargement pour n’être plus qu’un lien vers iTunes !

Comment expliquer que dans ses rayons, les clients ne puissent pas écouter, découvrir ou télécharger des titres ou des films grâce à des bornes numériques ? Les magasins auraient du se mettre au digital et proposer de véritables stations services pour iPod et iPhone pour faire le plein de musique. Pourquoi les rayons sont vides de clients mais encore avec des vendeurs alors que le site internet ne comporte même pas de disquaires dignes de ce nom qui donnent des conseils, aident les visiteurs du site en direct via twitter par exemple comme peut le faire Best Buy aux Etats Unis ?

Les difficultés de la zone euro risquent de plonger la Fnac dans un véritable tourbillon. Les marchés de l’Europe du Sud comme l’Italie et l’Espagne vont peser sur les résultats et les ventes en France risquent elles aussi de plonger en 2013 avec les difficultés économiques du pays.

Certains chantiers lancés depuis l’arrivée d’Alexandre Bompard vont dans le bon sens mais il y a urgence, il faut que la Fnac redéfinisse sa relation client et devienne modeste si elle veut reconquérir des clients et surtout si elle veut que ceux si achètent à la Fnac. Fini le temps où les vendeurs tiraient la tronche et restaient derrière leur comptoir à attendre que le client demande des conseils. La concurrence ardue fait que ceux-ci vont être intéressés à la satisfaction client et seront rémunérés en fonction, pas trop tôt… mais comment jouer sur la vente dans les magasins et via le site fnac.com sans affaiblir les marges ? L’avenir nous le dira, mais que ce soit Surcouf ou la disparition de plusieurs Virgin Megastore emblématiques comme celui du Carrousel du Louvre me font penser que ça va être très très dur pour la Fnac de continuer à vendre dans les mêmes espaces avec de telles superficies.  Il semble que de nombreuses Fnac vont fermer, celle de Cannes, lieu historique du Midem laissera place à un H&M…

 

Auteur : admin

Usages, consommation, modèles économiques : Ce que change et implique le passage à un monde dématérialisé Ex Universal, France TV, Les Echos Passionné d'actu, de musique, cinéma, économie, nouvelles technologies...