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Gilles Desangles : « ceux qui bénéficient de l’exposition des Victoires de la Musique ne sont pas forcément les lauréats »

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Gilles Desangles, directeur général des Victoires de la Musique, revient sur la cérémonie  de l’année dernière qui s’était déroulée en 2 émissions sur France 2 et France 4. Cette année, retour aux fondamentaux avec une émission le samedi 3 mars, présentée par la pétillante Alessandra Sublet, présentatrice de C à Vous sur France 5. Reste que le but premier pour l’association des Victoires de la Musique et France 2, est bien de mettre à l’antenne des artistes qui n’ont pas accès à une chaîne de télévision nationale. Pour certains, c’est leur seule présence en télé de l’année. L’enjeu est de taille à l’exemple d’Anaïs, dont la prestation avait été suivie par un réel décollage de la carrière de l’artiste. La cérémonie sera également retransmise en streaming et fera également la part belle aux réseaux sociaux.

Luc Michat : Comment s’est faite la sélection des nommés ? Pour l’artiste féminine de l’année, on à l’impression que vous avez voulu d’un coté suivre le public avec Nolwenn Leroy ou Zaz deux grosses vendeuses de disques de 2011, ce qui n’a pas été le cas de Camille ou de Catherine Ringer où le public s’est fait beaucoup plus rare ?

Gilles Desangles : Nous ne sommes pas un jury, il n’y a donc pas de discussion pour essayer d’équilibrer ou de récompenser telle famille d’artiste ou tendance. Nous proposons à une académie de 500 votants issue du métier, un aide mémoire, sorte de fascicule trié par catégories, qui propose la quasi exhaustivité des projets qui ont eu une actualité dans l’année. Une soixantaine d’artistes sont ensuite proposés à l’académie de votants et en cumulant les voies, nous nous retrouvons avec ce résultat d’artistes nommés. Je ne peux pas préjuger de ce qui se passe dans la tête des votants. Selon leur sensibilité, certains votants veulent mettre en avant des succès objectifs en fonction des ventes ou de la présence en radio et d’autres auront envie de soutenir un artiste qu’ils connaissent depuis des années ou un album qu’ils ont découvert  lors d’un festival par exemple. La motivation de chacun n’est pas déterminable et c’est la somme de ces motivations qui fait le palmarès que vous connaissez.

 LM : Après le duo de présentatrices de l’année dernière, c’est Alessandra Sublet qui reprend le flambeau, va-t-elle  garder le ton un peu décalé et décontracté qu’elle a dans c à vous sur France 5 ?

GD : On espère bien. Elle déborde d’enthousiasme, ce qu’elle fait est extrêmement drôle. Cela ne serait pas très fairplay vis-à-vis d’elle de trop en dire mais Alessandra Sublet travaille avec Mathieu Noel sur ses textes et cela s’annonce drôle et spectaculaire.

LM : On oublie les 2 soirées de l’année dernière ?  Avec le recul, était-ce une erreur de séparer les artistes les plus connus de la nouvelle génération ?

GD : On revient cette année à une formule unique. Je ne suis pas complètement persuadé que nous ayons laissé le temps à l’autre formule de s’installer. Le fait que beaucoup d’artistes se soient retrouvés dans les 2 émissions a peut être créé la confusion. On revient à un samedi soir avec une émission qui représente l’ensemble des tendances et des palmarès.

LM : Quelles sont les actions mises en œuvre pour mettre fin à la chute vertigineuse de l’audience ? L’année dernière a été un sérieux avertissement, objectif plus de 3 millions de téléspectateurs ?

GD : Je représente la filière musicale. La chute vertigineuse de l’audience est surtout analysée par les spécialistes TV qui réagissent en parts de marchés. Elles ont été complètement bousculées avec la TNT, et une concurrence accrue entre le service public et le privé. Nous, notre question, c’est de toucher un maximum de gens avec des artistes, qui pour la plupart, n’ont pas accès à des émissions de prime time en direct tout au long de l’année. Pour beaucoup d’entre eux, ce sera leur première ou seule télé de l’année. Nous prenons le risque de mettre en avant 8 révélations qui ont très peu d’accès en télé. On espère bien évidemment toucher un maximum de gens. C’est notre fonction, notre mission. On travaille avec la même équipe de production que les enfoirés (Ndlr : DMLSTV), on sait très bien faire, mais l’exercice est différent. Il faut remercier le service public qui prend un risque fou sur ses audiences et nous laisse complètement carte blanche. Pareil pour les Victoires de la Musique Classiques, qui est la seule émission dans le monde à être diffusée dans ces conditions, en prime time sur France 3. Évidemment, si l’on compare l’audience des Victoires de la Musique avec celle des Experts, on part perdant, mais ce n’est pas notre question.

LM : 2012 année de l’innovation avec retransmission en streaming et mise en avant des réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter ? Cela tombe bien puisque les derniers Grammy Awards ont été déclarés l’événement télé le plus commenté sur les réseaux sociaux avec plus de 13 millions de commentaires durant la soirée avec ce véritables pics de commentaires lors des remises de prix à Adele ou des performances scéniques de certains artistes comme Chris Brown. Allez-vous également juger et apprécier du succès des prochaines victoires de la musique via le volume de commentaires sur les réseaux sociaux ?

GD : Notre priorité ce n’est pas Médiamétrie, il faut contacter France 2 pour avoir ce type d’analyses. Par contre, ce serai absurde de ne pas tenir compte de ce qui se passe sur les réseaux sociaux. Mais récemment, j’ai suivi une retransmission d’une cérémonie de remise de prix en musique sur un site qui l’a commentait en direct, j’ai vu des choses d’une telle violence, qui n’avaient rien à voir avec ce que je pouvais voir en direct. Mais j’ai l’impression que la quantité de réactions est plutôt un signe d’intérêt. Pour nous ce sera un premier test cette année.

LM : Est-ce que de nouveaux membres vont rentrer au sein de l’association ? On peut penser au CNM (Centre National de la Musique) ou même aux diffuseurs numériques qui jouent un rôle de plus en plus grandissant dans la filière de la musique ?

GD :  Le CNM sera forcement représenté d’une manière ou d’une autre. Le Ministère de la Culture est déjà membre de droit. Il est évident qu’ils seront représentés en tant qu’institution clé de ce secteur. Pour les diffuseurs numériques, nous avons déjà dans notre académie de votants des représentants comme Deezer par exemple. On essaie de coller chaque année à la réalité des distributeurs.

LM : Les victoires de la musique sont elles toujours une locomotive pour booster les ventes de disques ?

GD : Le parallèle ne se fait pas du tout avec l’audience. C’était extrêmement intéressant de constater l’année dernière, que l’émission diffusée sur France 4 consacrée aux répertoires spécialisés et aux révélations a eu plus d’effet sur les ventes que celle diffusée sur France 2. Un artiste qui va faire l’événement pour une raison ou une autre (mise en scène, performance incroyable) va en tirer les bénéfices sur le long terme. On peut mesurer cela via le top iTunes en temps réel et cela se voit tout de suite. Il y a un effet vraiment immédiat dans ce cas. Il y a également un effet à long terme selon le moment où cela arrive dans la carrière de l’artiste. Quand Anaïs arrive aux Victoires, personne ne l’a jamais vue en télé. Elle fait sa première grande télé aux Victoires de la Musique. C’est ensuite une trainée de poudre. Elle vend plusieurs dizaines de milliers de disques dans les 15 jours qui suivent et des places de concerts également. Pour un artiste comme Alain Baschung par exemple, où il avait été consacré pour sa carrière, l’effet n’est pas du tout le même. Ceux qui en bénéficient le plus ne sont pas forcément les lauréats. Ce sont ceux dont la performance a touché le public. Anaïs n’avait pas été lauréate par exemple.

LM : Quel regard portez vous aux quotas de chansons françaises pour les radios ? Les trouvez vous pas dépassés alors que de votre coté vous avez fait votre révolution culturelle en acceptant pour les musiques électroniques ou même avec Keren Ann, des artistes qui chantent en anglais ?

GD : Je ne suis pas spécialiste des quotas radios mais je pense que c’est important de défendre la langue. Cette exception là permet à la production française de continuer à vivre malgré le bulldozer de la production anglo-saxonne. Concernant les musiques électroniques, je me souviens très bien du débat car j’arrivais à la tête de l’association. La question était de comment les représenter et quels critères adopter de manière à être justes, pertinents et accompagner le mouvement qui est en train d’éclore. La question est la même sur les musiques urbaines.

LM : Est-ce qu’une cérémonie comme les Victoires de la Musique en France, sa raisons d’être est plus d’aider, accompagner des artistes vers le public alors que les Grammy, Brit ou MTV Awards, seraient des évènements plus pour faire la fête ou récompenser les succès de l’année écoulée ?

GD : Non, vous ne regardez pas l’intégralité des Brit ou des Grammy. Pour les Grammy, c’est 100 prix en 2 jours et seulement 2 h en télé. Il y a énormément de prix qui ne sont pas diffusés en télé. Nous avons un paysage audiovisuel qui ne donne pas la place à beaucoup d’artistes. Notre mission et celle de France 2 est celle-ci.  La chaîne est ravie de donner l’opportunité à Orelsan, Brigitte ou L d’avoir un prime time sur une chaîne nationale.

Auteur : admin

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