DIGICULT

Médias, Musique, Cinéma : Chronique d’un monde digital

Kevin Roberts by Duncan Cole

Kevin Roberts CEO de Saatchi & Saatchi tacle sévèrement la filière de la musique

| 1 Commentaire

En amont de son intervention au premier Visionary Monday du Midem, le lundi 30 janvier, Kevin Roberts, CEO Monde de Saatchi & Saatchi (Publicis Groupe) n’y va pas par quatre chemins. Son intervention risque de bousculer la sérénité et l’optimisme de ce début de Midem.

Dans une interview a Musique Info Hebdo, il dégage quelques orientations qui seront probablement la trame de sa Keynote. Pour Kevin Roberts, « la musique n’est pas un business. C’est un art et un mode de vie. C’est la bande son de nos souvenirs. […] De la même façon qu’Andy Warhol a rendu l’art accessible à tous, la musique doit être accessible pour chacun, de nos jours. Steve Jobs est le dernier exemple en date à avoir mis en œuvre cette idée, a travers iTunes et l’iPhone. L’erreur qu’a faite l’industrie musicale a été de se comporter en industrie justement. Car la musique n’appartient ni aux labels, ni au producteurs. Elle appartient au peuple. Je travaille régulièrement avec les maisons de disques à travers mon activité dans la publicité. Je connais donc la filière musicale de l’intérieur. La plupart de ses problèmes viennent du fait qu’elle s’intéresse plus au business qu’a la musique. J’imagine que c’est de tout cela dont je vais parler a Cannes. Mais quoi qu’il en soit, ce seront des propos révolutionnaires ».

Le CEO de Saatchi & Saatchi continue sa fronde et ajoute « l’histoire de la filière musicale est que les artistes se sont fait piller. Les consommateurs eux aussi, se sont fait piller. A tel point qu’aujourd’hui, il n’y a plus de business mode et que nous devons en trouver un nouveau. Je pense que la meilleure façon de procéder n’est pas de partir du label ou du producteur, mais du consommateur qui est devenu le patron. Sans oublier, bien entendu, celui qui reste l’élément le plus important du nouveau modèle : l’artiste. Apple est vraiment parti dans cette direction, en se concentrant sur le consommateur. Il l’a écouté, ce consommateur, qui veut de la mobilité, de la liberté, du choix, de la personnalisation et des titres plutôt que des albums. Amazon a ajouté à tout cela la recommandation. Les professionnels de la filière musicale « vieille école » pensaient que ce seraient les évolutions technologiques qui allaient décider de demain. Cela n’est pas le cas. Ceux qui mènent les autres sont les gens qui comprennent les consommateurs de l’intérieur, et leurs façons de réagir« .

Même si on peut apporter un peu de modération aux propos concernant Apple et Steve Jobs sur la liberté d’utilisation de la musique via les device Apple ou iTunes, Kevin Roberts n’en reste pas moins visionnaire dans ce que pourra être le business du disque et de la musique dans les années à venir. Difficile de garder un certain optimisme quand il compare les membres de la filière musicale à une marque comme Hummer qui ne vend que des gros 4X4 alors que les gens veulent plutôt des véhicules hybrides. Pour enfoncer le clou, il ajoute que « l’industrie musicale ne développe pas de nouveaux talents« . […] Je pense que les gens de l’industrie du disque persistent à regarder le problème du mauvais cote de la lorgnette, celui du business model. Et c’est pour cela qu’ils vont se retrouver totalement à la traine parce que le consommateur lui dit :  « vas te faire voir avec ton business model, donne moi juste de la musique ! Tu n’as plus aucun pouvoir sur moi ! » »

J’ai vraiment hâte d’assister à la keynote de lundi, ce nouveau Midem sous la direction de Bruno Crolot s’annonce passionnant et instructif !

Auteur : admin

Usages, consommation, modèles économiques : Ce que change et implique le passage à un monde dématérialisé Ex Universal, France TV, Les Echos Passionné d'actu, de musique, cinéma, économie, nouvelles technologies...