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Médias, Musique, Cinéma : Chronique d’un monde digital

La numérisation de la musique : La dématérialisation de l’œuvre enregistrée

Près d’un siècle après la naissance du disque, une quarantaine d’années après l’apparition du microsillon et vingt ans seulement après le lancement du disque compact audio, la numérisation, longtemps réservée aux professionnels, est désormais accessible par le grand public. Les progrès de la micro-informatique et la montée en puissance des processeurs ont permit le traitement de contenus numériques multimédia ouvrant de vastes champs pour la copie, le stockage et la transmission de données. Dans le domaine professionnel, le fait de pouvoir stocker la musique en la numérisant et en réduisant sa taille finale en la compressant est un outil qui facilite le stockage. Pour une radio par exemple, le fait de ne plus utiliser de disques permet un véritable gain de place et de temps. Il est désormais possible de stocker des milliers de titres sur des disques durs dont la capacité ne cesse d’augmenter. C’est aussi un avantage pour ceux qui souhaitent faire un travail de documentation ou d’archivage. La numérisation de la musique est aussi un outil indéniable pour la protection du patrimoine culturel. Cela demande un lourd travail d’archivage, mais il est désormais possible de stocker la totalité des catalogues disponibles afin d’en assurer la protection contre le temps.

La croissance très importante de l’utilisation de l’outil informatique au cours de la décennie 90 et la mise à disposition de l’utilisateur d’outils capables d’émettre ou recevoir des données numériques à travers le réseau Internet rendent possibles des situations que les majors du disque et les principaux acteurs industriels n’avaient pas envisagé. Patrice Flichy démontre bien comment certaines technologies peuvent avoir plusieurs usages. Les usages retenus par les utilisateurs ne sont pas toujours ceux auxquels le producteur avait pensé. Pour la musique numérisée, les maisons de disques ont toujours pensé que ce n’était absolument pas une voie d’avenir pour leur secteur. Aucune n’a par exemple crû dans le format MP3 alors que ses inventeurs sont allés les démarcher pour leur proposer de racheter le brevet du système qui aujourd’hui fait couler beaucoup d’encre et qui les prive d’une partie non négligeable du marché.

Leur position presque similaire concernant la vente de musique en ligne à conduit les maisons de disques à développer à contre cœur des systèmes de téléchargements payants sur Internet en dépensant des millions de dollars pour contrer dans l’urgence des plates-formes telles que Napster ou Kazaa. Nous le verrons plus loin, le bilan de cette tentative opportuniste de la part des maisons de disques est plus que contrasté.

Face à l’accroissement de la musique numérique disponible sur le réseau Internet et face au développement de l’Internet à haut débit qui se produit principalement sur les marchés les plus importants de l’industrie du disque, le secteur de la musique éditée devient de plus en plus fragilisé par les baisses de ventes de disques qui se produisent sur les principaux marchés mondiaux.

 Les principales maisons de disques n’ont pas crû à la numérisation de la musique et elles subissent aujourd’hui les conséquences de ce marché parallèle qui s’est installé à travers la planète et ce de manière presque incontrôlée.

Comme le système économique de l’industrie du disque repose essentiellement sur le modèle éditorial, le fait qu’il puisse exister un véritable marché parallèle à grande échelle d’échanges de fichiers musicaux numérisés sans que les ayants droits puissent avoir un certain contrôle sur ces échanges peut être à l’origine d’une stratégie de défense de la part des maisons de disques.

Une fois que le champ de travail est défini, il reste à préciser la problématique, les hypothèses et la méthodologie à suivre. La question principale sera : « Les effets de la numérisation de la musique sur le marché du disque sont-ils de nature à limiter la concurrence entre les acteurs de l’industrie du disque ? ».

 


MP3 est la contraction de « MPEG Layer 3 ».

Auteur : admin

Usages, consommation, modèles économiques : Ce que change et implique le passage à un monde dématérialisé Ex Universal, France TV, Les Echos Passionné d'actu, de musique, cinéma, économie, nouvelles technologies...

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