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Médias, Musique, Cinéma : Chronique d’un monde digital

La politique des fabricants des biens électroniques dans la piraterie numérique

Un autre groupe important dans l’industrie du disque est celui des fabricants de biens électroniques. Leur attitude reste assez ambiguë par rapport à la piraterie numérique. Cela concerne aussi le groupe Sony, qui reste le seul acteur de la branche électronique à avoir comme filiale une maison de disques à la deuxième place du marché. D’ailleurs, beaucoup de critiques sont allées en direction de Sony Music lorsque se groupe faisait était de la piraterie numérique alors qu’en parallèle, la branche électronique vantait les mérites de ses matériels permettant notamment la création de ses propres compilations.

Sony et d’autres sont les premiers fabricants des appareils électroniques de type graveurs ou lecteurs MP3 qui sont utilisées par les internautes pour exploiter les fichiers téléchargés sur Internet. On assiste aujourd’hui à une multiplication des appareils électroniques permettant de stocker des fichiers MP3 et cela de façon plus nomade. La société Archos propose par exemple de véritables lecteurs à taille réduite qui peuvent selon les modèles enregistrer la radio, stocker des fichiers MP3, des films, des photos… Ce type de petits appareils ont des capacités de stockage très importante et permettent par exemple de stocker plus de 300 heures de musique sur un seul appareil.

Le fait de pouvoir utiliser des fichiers MP3 est aujourd’hui presque un standard sur beaucoup de matériels électroniques. Cela est identique chez les fournisseurs d’accès qui continuent de faire la promotion d’Internet avec l’idée que l’internaute pourra, en s’abonnant à Internet, disposer d’un nombre illimité de fichiers MP3 à sa disposition.

Les stratégies des fabricants de matériels électroniques sont donc bien éloignées des intérêts des maisons de disques même si désormais ils proposent de plus en plus de systèmes de protections pour les disques ou fichiers MP3.

Mais la mise de systèmes de cryptage et de protection de copyrights ne peut se faire qu’avec l’aide des fabricants de logiciels et d’informatique. IBM, Toshiba, Matsushita et Intel ont mis au point le système CPRM19 permettant la mise en place d’un numéro unique et quasi ineffaçable au cœur de tout appareil destiné à lire de la musique ou un film. Ainsi, tout fichier téléchargé ou extrait d’un support matériel aurait une carte d’identité dès son arrivée sur l’appareil, associée exclusivement à lui et donc impossible à copier.

Selon John Gilmore, ex-dirigeant du fabricant d’ordinateurs Sun, «C’est à l’acheteur de déterminer ce qu’il veut faire de son produit. Certainement pas aux fabricants de matériel informatique, ni aux maisons de disques qui les influencent, ces gens là vont détruire la liberté de l’information et brider les développements technologiques .

Les fabricants de matériels et de logiciels informatiques jouent sur les deux tableaux. En effet, ils proposent à la foi aux clients une multitude de produits et services permettant la diffusion et la distribution de musique numérique considérée comme illégale et travaillent aussi en parallèle à offrir aux maisons de disques des moyens de protection.

Les solutions techniques proposées par les fabricants de matériels permettent la dispense de reproduction sur support ou par contre de créer un support spécifique et d’en faire une reproduction limitée. La société ClearChannel Concerts20 teste depuis le début de l’année à Boston un système permettant de graver le CD du concert auquel on vient d’assister. En apportant un grand nombre de graveurs, il est ainsi possible de proposer aux clients le disque du concert que l’on vient de voir pour quelques dollars. Même si ce genre de procédés est encore en phase de tests, il montre bien les capacités et avantages techniques qui sont proposés et qui risquent de remettre en cause le circuit traditionnel de la distribution de disques. Bernard Miège indiquait que « Ces avantages théoriques sont indéniables, mais ne suffisent pas à déterminer les stratégies des firmes qui ont à tenir en compte de multiples facteurs : habitudes des consommateurs, gestion des droits, rentabilisation des circuits de distribution existants, incertitudes techniques mais surtout hésitations à s’engager de façon massive dans la proposition de nouveaux produits » [Miège, 2000].

Enfin, Bernard Miège ajoute qu’avec la dématérialisation entraîne une remise en cause de la nature de l’œuvre, « Il ne s’agit pas seulement d’un changement technique simple (comme lorsque les compacts disques ont remplacé les disques microsillons), mais d’un changement de forme technique (le passage du cinéma muet au cinéma parlant, puis celui du parlant à la télévision en sont des exemples connus) » [Miège, 2000].

Il est indéniable que les sociétés de matériels ont un avantage certain sur les maisons de disques qui sont dépendantes des innovations qui peuvent apparaître. Dans le cas de la numérisation, ce n’est pas elles qui ont été à l’origine de la recherche débouchant sur l’invention du MP3. Il faut d’ailleurs rappeler que les inventeurs étaient au départ allés voir le secteur de l’industrie du disque pour leur céder le brevet, ce qui se traduisit par un refus, c’est pourquoi, il a été ensuite livré gratuitement au public faute de débouchés industriels possibles.

D’habitude, lorsqu’un nouveau support arrivait sur le marché, il provenait soit de Philips ou de Sony ou des deux comme le CD ou le nouveau support SACD. Il était évidemment plus facile alors d’imposer ce nouveau support aux utilisateurs sachant qu’à cette époque Philips et Sony disposaient de deux filiales dans l’industrie du disque.

Aujourd’hui avec la musique numérisée, la situation est différente, c’est pourquoi les maisons de disques n’ont pas eu de contrôle sur la diffusion des logiciels permettant la numérisation et l’échange de la musique sur Internet. Pour tenter d’endiguer les effets néfastes sur toute la filière, les principales maisons de disques se sont repliées sur elles mêmes et ont adoptées des stratégies défensives identiques.



www.archos.com

CPRM : Content Protection for Recordable Media

Source : Grandlink Music News numéro 108 du 12/02/2003

Auteur : admin

Usages, consommation, modèles économiques : Ce que change et implique le passage à un monde dématérialisé Ex Universal, France TV, Les Echos Passionné d'actu, de musique, cinéma, économie, nouvelles technologies...

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