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Médias, Musique, Cinéma : Chronique d’un monde digital

Le cas Virgin Megastores, encore un exemple de la spécificité française

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Vers la fin des rayons de disques ?

Ce n’est pas votre serviteur qui va être surpris par le dépôt de bilan de l’enseigne Virgin Megastores après mes multiples prises de positions à ce sujet et concernant l’avenir des rayons disques tels qu’ils pouvaient exister jusqu’au basculement dans le XXIème siècle.

A voir les multiples réactions politiques ou publiques, chacun y allant de son analyse en se prenant pour le procureur pour cibler vers qui les responsabilités de ce gâchis iraient. Mais les faits sont cruels et ceux qui parlent et décident bien souvent, sont tellement éloignés des réalités, que leur discours perd juste toute crédibilité !

Je fais partie de ces personnes qui ont un amour fou de la musique. En radio, j’aimais glaner des nouveautés auprès des maisons de disques pour les faire découvrir à mes auditeurs, obtenir des interviews, des opés…  j’ai aimé également travailler dans le disque, rencontrer des artistes, aller en studio, faire de la promo, aller chercher de la rotation avec les dents, se battre pour un album ou un titre comme si ma tronche était sur la pochette.

Ce que j’ai remarqué et je ne pense pas être le seul, c’est que depuis un paquet d’années les rayons disques n’ont cessé de se réduire, qu’ils n’étaient plus rangés, ordonnés, apprêtés pour que le visiteur trouve, découvre et reparte avec de la musique. Depuis près de 5 ans, Virgin Megastores comme la Fnac ont vu fondre leur superficie, offre et clientèle. Qui peut nier que les vendeurs de ces rayons n’avaient plus grand-chose à faire ? La sanction qui arrive aujourd’hui, n’est donc une surprise pour personne et surtout pas pour les employés qui voyaient bien les clients rentrer et sortir sans rien puis ne plus rentrer du tout. La fermeture du Virgin Megastores du Carrousel du Louvre fin décembre 2011, sonnait bien le glas. Pour ceux qui n’avaient pas cru aux fermetures de New-York, Londres et sur le reste de la planète et et qu’elles ne toucheraient pas la France, la réalité est dure…

Les responsabilités de cette situation sont multiples, vouloir accuser des acteurs comme Amazon comme le fait la Ministre Aurélie Filippetti est juste pas étonnant de la part d’un membre d’un gouvernement français. Le reflexe Gaulois est toujours bien ancré !

Voici selon moi, quelques unes des raisons de la probable disparition prochaines de l’enseigne en France :

  • N’avoir pas modifié fondamentalement son approche vers le digital ou trop tard. Le site virgin-mega.fr s’est fait écraser  par iTunes. Il fallait offrir une offre différente en sortant du cadre, en bousculant l’offre, en innovant.  Proposer un vrai service de conseils, de suggestions et en rayon pourquoi ne pas des avoir installé bornes d’écoute et de téléchargement. Le titre plait, on repart avec comme avec un 45 T ou un CD single mais en digital !
  • Bien sur que la musique numérique et le piratage est l’une des cause également car on ne peut nier les conséquences tant économiques que sociologiques de l’arrivée des lecteurs MP3 tels que l’iPod ou de Napster.
  • Les majors sont aussi coupables de ne pas avoir bien anticipé les mutations liées au numérique et les conséquences que cela aurait sur leur principaux clients et revendeurs et qui assuraient la promotion et la vente de leurs produits. Il est désormais trop tard, les rayons de disques tels qu’ils étaient ne seront plus qu’un souvenir et les conséquences seront dramatiques à nouveau pour la filière.
  • Virgin Megastores est arrivé en France juste avant le basculement des ventes de disques. L’entreprise n’a jamais été vraiment rentable du fait de loyers exorbitants. Le chiffre d’affaire qui au début des années 2000 approchait les 400 millions d’euros a plongé pour atteindre les 250 millions l’année dernière. La perte devient insupportable et aucun relai de croissance ne semble être à portée de main.
  • La concurrence du commerce en ligne a fait du mal également. On sait très bien que Cdiscount ou Amazon achetaient des disques à l’étranger pour les vendre en France bien moins chers… La qualité de service et les prix d’Amazon fait que pour ceux qui achètent encore des produits culturels, le site reste une référence en matière de choix et de qualité de service, ce qui n’était plus le cas dans les rayons de Virgin Megastores.

Il se peut qu’un repreneur tente la reprise, mais cela se fera avec de profonds changements et restructurations et il sera très dur de redresser la barre. Comme à l’étranger, la chaîne semble bien condamnée à disparaître dans un plus ou moins proche avenir.

Le bras de fer qui va se jouer va encore montrer les travers français et les rigidités qui traduisent que nous sommes toujours penchés vers l’économie du passé, de façon nostalgique, alors qu’il faudrait mettre toutes les énergies pour basculer dans le monde du  numérique. On ne va pas demander aux clients de rendre leurs Iphones, Ipods ou tablettes numériques… Il faut juste anticiper ces mutations afin d’en profiter nous aussi et ne pas rester comme un pays qui regarde les autres économies évoluer et n’avoir que les effets négatifs de ces profonds changements qui se traduit par des pertes d’emplois, sans avoir les capacités derrière, d’en créer de nouveaux.

Auteur : admin

Usages, consommation, modèles économiques : Ce que change et implique le passage à un monde dématérialisé Ex Universal, France TV, Les Echos Passionné d'actu, de musique, cinéma, économie, nouvelles technologies...