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Médias, Musique, Cinéma : Chronique d’un monde digital

Le marché du disque et de la musique replonge dans la déprime au premier trimestre 2014

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itunes avril 2014

L’embellie de l’année dernière semble déjà loin, les ventes de disques et de musique retrouvent une courbe dont nous sommes habitués depuis le début des années 2000.

Une baisse de 7,1 % pour les 3 premiers mois de l’année, mais surtout une chute de 12,6 % des ventes de disques physiques et de 10 % des téléchargements de titres, voilà les premières tendances de 2014. Seule éclaircie et motif d’espérance des producteurs, la forte progression du streaming qui représente désormais la moitié de la part du numérique qui lui au global, ne représente « que » 33 % du chiffre d’affaire (+ 4 points en un an).

marché de la musique 2013

20 % de la perte du physique comblée par le numérique

Mais lorsque la filière perd près de 10 millions de chiffre d’affaire sur le physique, seulement 2 millions sont gagnés dans le numérique ! J’ai beau avoir eu des faiblesses en mathématiques, cela fait tout de même une très grosse différence et un gap que la filière dans son ensemble n’arrive toujours pas à combler.

Plusieurs raisons à cela. Principalement, un planning de sorties moins équilibré que l’année dernière où les maisons de disques avaient lissé les sorties sur l’ensemble de l’année alors que le dernier trimestre est traditionnellement très riche.

Saisonnalité 2013

Lors de la présentation de ces chiffres, d’autres explications ont été avancées, dont très justement, les conséquences de la cession des catalogues d’EMI entre Universal Music et Warner, souligné par Emmanuel Torregano d’Electron libre. Lors de la précédente fusion entre Sony et BMG qui avaient 20 et 11 % de part de marché, l’ensemble nouvellement crée s’était retrouvé avec 25 % du marché. Comme dans d’autres secteurs, 1+1 ne fait que rarement 2…

A nouveau, les producteurs de disques souhaitent lutter contre la forte concentration des playlistes radios, notamment chez les artistes francophones. A cette occasion, ils souhaitent une sanctuarisation des quotas radios mais aussi une amélioration afin de ne plus se retrouver avec 50 titres qui représentent la moitié des rotations.

L’autre sujet sensible reste la lutte contre la piraterie et l’Hadopi, mais il est certain qu’il sera dur pour les producteurs, de se faire entendre auprès des élus afin de trouver une oreille attentive alors qu’une grande partie des citoyens voient leur fiscalité augmenter et que l’Etat doit se serrer la ceinture pendant encore de nombreuses années. On sent bien que de ce côté, les baisses de TVA ou autres propositions pour soutenir les producteurs ne sont plus énoncées par le SNEP.

Pour moi, cela reste malheureusement un schéma pour la production qui ne semble pas en voie de s’arrêter. Il s’agit en effet d’une combinaison et d’un cercle assez dépressif dont la filière ne peut s’extirper. Raréfaction de l’offre proposée, concentration des playlistes, concentration des acteurs, un faible nombre d’artistes qui arrivent à sortir du lot et à percer, des indépendants à la déroute qui devront eux aussi se concentrer pour tenter de s’en sortir. Comment et par quel miracle des marchés comme la France, l’Angleterre ou le Japon passeront à des niveaux de streaming suffisants pour que cela puisse soutenir la perte de revenus du physique ? Le point bas est-il vraiment atteint ?

Des « candidats au succès » de plus en plus rares

Je m’étonne toujours du pilotage au coup par coup d’un grand nombre de dirigeants de maisons de disques alors que des signaux alarmants comme une hyper concentration des ventes sur quelques acteurs comme Stromae qui cachent des forêts d’insuccès, de disques détruits, de sorties repoussées advim eternam, de carrières inachevées ou s’étiolant ? L’industrie du disque et de la musique ne tient que par une péréquation vertueuse représentée par des succès découlant sur des carrières longues et un back catalogue fort qui permettent à d’autres artistes d’émerger et qui eux aussi rentreront dans cette mécanique. S’il y a une raréfaction du nombre « d’élus » au succès et aux carrières longues, le back catalogue ne jouera alors plus le rôle actuel de revenu régulier assuré et de soutien. Les revenus des maisons de disques et des producteurs dépendront plus des ventes de nouveautés et de la production récente beaucoup plus fragile, incertaine et aléatoire. On pourrait comparer cela à une entreprise comme Total qui n’aurait pas de réserves de pétrole et qui devrait forer en continu pour sa production à court terme et assurer ainsi ses commandes et revenus avec les aléas que cela représente.

Ce que les dirigeants ne veulent pas voir ou dire, c’est qu’ils ne savent absolument pas quelle direction le marché va prendre car les modèles et les changements technologiques ne font que s’enchainer et qu’ils ont subis ces évolutions plutôt que les anticiper ou les prévoir. Comme pour la voiture électrique avec Tesla, le futur et l’avenir de la musique proviendra-t-il d’un nouvel opérateur  ?

Auteur : admin

Usages, consommation, modèles économiques : Ce que change et implique le passage à un monde dématérialisé Ex Universal, France TV, Les Echos Passionné d'actu, de musique, cinéma, économie, nouvelles technologies...