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Médias, Musique, Cinéma : Chronique d’un monde digital

Les dessous du streaming

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Depuis son apparition, le streaming musical n’a cessé de gagner du terrain. Les dernières modifications de l’offre de Spotify modifiant son offre gratuite qui devient sans limite et sur tous les supports ne vont qu’accentuer ce phénomène. Déjà, quelques signes montrent un basculement du marché vers ce mode de consommation. Il représentait 7 % du marché mondial de la musique enregistrée en 2012.

Aux Etats-Unis, en 2013, ce sont 118 milliards d’écoutes en streaming qui ont été faites. Cela représente près de 60 millions d’albums vendus. Cela explique aussi  pourquoi le téléchargement d’albums a baissé l’année dernière en Amérique. Le changement de modèle se poursuit donc encore depuis l’apparition du MP3 au début des années 2000.

Mais il faut bien prendre conscience du changement que cela représente, notamment pour les revenus des artistes. Voici quelques exemples de revenus simulés de différents artistes selon les informations transmises par Spotify et en prenant compte des différents ayants droits.

Pour un artiste, la lecture d’un titre représenterait donc 0,06 à 0,08 centimes d’€. Cela se traduirait pour Stromae à ce jour pour son dernier album Racine Carrée, qui totalise pour le moment 37 millions d’écoutes,  entre 20 et 30 000 €. Cette somme est la part pour l’artiste une fois que les autres ayants droits dont la maison de disques se soient payés. Pour David Guetta, qui totalise environ 300 millions de lectures sur Spotify, cela représente une enveloppe de 180-250 000 € pour le célèbre DJ.

Noir Désir, totalise environ 6 millions d’écoutes, soit entre 3500 et 4500 € à se partager pour les membres du groupe bordelais.

Le streaming représente bien un changement de paradigme dans la rémunération des artistes. Plus encore qu’auparavant, l’artiste qui maîtrisera le plus possible son œuvre via la licence par exemple en retirera une meilleure maîtrise et un partage de la valeur bien plus important.

Les artistes sont en train de se rendre compte que pour vivre du streaming, il faut vraiment avoir un succès phénoménal. Un artiste qui vendait 20 ou 30 000 albums pouvait vivre de sa musique sans problème et il avait un réel retour assez rapide sur son succès ou non. Désormais, c’est devenu beaucoup plus dur, vendre plus de 10 000 exemplaires pour un grand nombre d’artistes est une marche inatteignable et ce ne sont pas quelques dizaines de milliers d’écoutes en streaming qui compenseront cette perte. L’économie de la musique reposait sur un achat immédiat. On passait à la caisse directement, les 15 ou 20 € que coûtent un album nouveautés rentraient immédiatement que l’album soit écouté 2 fois ou mille fois ! Avec le streaming, l’amortissement ne se fait pas sur 12/18 mois comme sur un album physique mais à l’infini. Il n’y a plus de limitation dans le temps pour un titre qui pourra être écouté en streaming et qui rapportera tant qu’il peut être lu et écouté sur les plateformes. Mais la rémunération est de surcroît très opaque, même si Spotify a tenté une opération transparence en décembre 2013, pas sûr que cela change grand-chose… Pour un artiste, c’est en effet un sacré changement et ceux qui commencent tout juste une carrière peuvent oublier les anciens usages de cette économie. Du côté des maisons de disques, la course au gigantisme est donc la priorité. Face aux plateformes, il est primordial d’avoir le plus gros catalogue possible afin d’être en mesure de négocier au mieux et d’avoir des revenus qui sont de plus en plus atomisés.

Les gros revenus du streaming se feront donc sur les quelques premiers qui arriveront à être écoutés des millions de fois. Mais avant cela, car le premier relai du streaming qu’il soit audio ou vidéo, cela reste la radio, donc il sera nécessaire d’être aussi en radio et en télévision pour se faire repérer par l’utilisateur du streaming. Pas sur donc que pour des petits artistes français qui arrivaient à s’en sortir avec le disque même en étant pas présent de façon massive en radios, qu’ils puissent réellement vivre de leur musique.

Car le streaming est à la fois une superbe opportunité pour un artiste qui peut en effet trouver un public sur la planète entière et être écouté à l’autre bout du monde ce qui n’était pas dans les faits possible du temps du disque physique. Mais, je suis encore désolé, la recommandation, le conseil sur les plateformes ne se fera pas tout seul. Ce petit plus qui à la radio, dans un rayon de disques ou dans un journal qui vous donnait des informations, des conseils et vous remettez en situation un album qui venait de sortir et vous donnez l’envie de le découvrir, pour le moment, il est encore difficile de le trouver sur une plateforme de streaming. Car malgré tout les algorithmes du monde, comment faire ressortir de toutes ces méta données transmises par les maisons de disques aux plateformes, le fait que ce disque en question, est une véritable petite perle et qu’il mérite d’être écouté plus que d’autres ? C’est cette petite mise en avant qui changeait beaucoup de choses. En comparaison d’une chaîne comme la Fnac, combien de personnes travaillent chez Spotify, Deezer, iTunes ou Amazon pour faire le travail d’un disquaire à l’époque du disque ? Ou est le disquaire dans le streaming ?

Il faut aussi se mettre à la place du consommateur de musique lambda. Sans informations sur la sortie d’un album, sans recommandations ou conseils, sans rédactionnel ou rappel contextuel  sur l’artiste, comment l’utilisateur du streaming se comportera ? Il n’écoutera au final que ce qu’il a sous la main ou que ce qu’il a entendu à la radio, c’est-à-dire le seul « Top 50 ». Je ne suis pas certain que cette évolution soit au service de la filière dans sa globalité mais surtout des artistes et des labels indépendants. Car il ne faut pas se mentir, plus on est petit dans cet univers du streaming et plus il est rude de se faire une place. Ce secteur n’a donc pas fini de connaître encore des bouleversements !

Auteur : admin

Usages, consommation, modèles économiques : Ce que change et implique le passage à un monde dématérialisé Ex Universal, France TV, Les Echos Passionné d'actu, de musique, cinéma, économie, nouvelles technologies...