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Médias, Musique, Cinéma : Chronique d’un monde digital

Les producteurs de musique toujours à la recherche de leur modèle au Midem 2013

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Midem 2013

Ce Midem se clôture avec une baisse de 7 % de la fréquentation. Bruno Crolot a tenu à préciser également lors de son point presse qu’il y aurait bien une édition l’année prochaine à partir du 25 janvier 2014 et qu’elle se déroulerait bien au Palais des Festivals faisant taire les rumeurs.

Alors que le Midem édition 2013, 46ème édition depuis sa création en 1967, était en train de fermer ses portes et voir ses allées se vider de ses derniers visiteurs, une information était rendue publique concernant la société Néerlandaise Philips. Le géant bien connu du grand public pour ses téléviseurs ou ses lecteurs K7, platines CD et sa filiale dans le disque qui avait donnée naissance à Universal Music, annonçait lors d’un communiqué, avoir vendu pour 150 millions d’euros sa branche audio et vidéo. En effet, le parallèle est marquant. Pour sa survie, Philips, à la différence de SONY, qui est dans un bien pire état et qui n’a pas changé de modèle assez rapidement, s’est tourné très rapidement vers une activité B to B principalement portée par le secteur de la santé et l’éclairage avec notamment la révolution qu’entraîne l’arrivée de la LED. Philips, contraint de sortir de son champ d’action initial, est un bel exemple de mutation d’entreprise pour assurer à nouveau la croissance et toucher de nouveaux marchés.

Les producteurs de musique ne se renferment-il pas trop vers leur rôle de producteur en répondant à chaque fois que leur business n’est pas de distribuer ? Et si ce rôle leur incombait désormais et pouvait assurer leur survie ? Si Apple ne produisait encore que des iMac, l’entreprise serait probablement déjà morte… Pour assurer son avenir, elle s’est imposée une profonde mutation de son ADN de base pour sortir du cadre et proposer de nouveaux produits.

J’ai un sentiment partagé sur cette édition du Midem. Je suis très content de voir qu’artistes et producteurs de musique n’ont plus aucun complexe d’aller vers les marques. Cette année est très révélatrice à ce sujet. Le Brand Content autour de la musique et de l’artiste était bien à l’honneur et faisait partie des thématiques principales durant toute la durée du Midem tout comme la gestion des droits et le partage de la valeur.

L’après disque 

La grande majorité des acteurs que j’ai rencontrés est d’accord pour dire que le support va continuer à décroître même si des marchés comme le Japon repartent à la hausse sur 2012 par exemple. La situation des distributeurs est le principal problème. Il faut reconnaître que si l’année n’a pas été plus mauvaise en termes de volume de ventes pour la France, c’est bien que les ventes de fin d’année ont compensé les 9 premiers mois qui étaient très mauvais. La mise en scène de Noël, l’augmentation des superficies des rayons, les coffrets spéciaux et la publication d’un catalogue sont un catalyseur pour doper les ventes. Comme je l’ai déjà écrit, le disque devient en fait un produit banal, comme les autres, comme le bricolage, le blanc, les chocolats de pâque ou les fournitures scolaires de rentrée. On le sort 2 mois avant Noël, et il tire sa révérence des rayons 15 jours après…

Tant que les producteurs de musique resteront dépendants de distributeurs et d’acteurs qui profitent de leurs investissements pour en tirer de la valeur, le business sera condamné à péricliter. J’ai l’impression qu’il y a une certaine passivité et résignation de la part des principaux acteurs. S’ils ne reprennent pas leur avenir en main, les producteurs de musique sont effectivement condamnés à n’être que des petits intermédiaires à qui l’on laisse les miettes comme peuvent l’être des producteurs de lait ou de porcs.

L’expérience Pressplay

Je pense sincèrement que la création de Pressplay (plateforme de musique en ligne lancée par Universal Music et Sony Music avec le catalogue des autres majors et de quelques indépendants) en 2002 était la solution pour s’adapter aux mutations numériques. Pressplay est arrivé trop tôt, le site n’était pas au point et trop contraignant. Mais aujourd’hui, une fois que l’on a une vision un peu plus nette de la consommation et des usages de musique et que tout le monde s’accorde sur le fait que le disque et les rayons disques sont plus ou moins condamnés à un moyen terme, n’est il pas venu le moment pour les producteur de musique de reprendre leur avenir en main et d’arrêter de se plaindre sur le fait que des géants de l’Internet ou de l’électronique donne le La dans la consommation de musique ? Les producteurs  pensent ils sincèrement que les pouvoirs publics ont le temps de réguler, taxer un secteur comme la musique alors que des pans entiers de l’industrie française sont sur le point de s’éteindre ? Un ouvrier pèsera toujours plus lourd dans la balance qu’un secteur qui fait toujours rêver malgré les nombreuses suppressions de postes, où le français moyen pense qu’il y a encore de l’argent, (classement des artistes les mieux payés) alors que cela ne représente qu’une infime partie des artistes.

Pour reprendre la voie de la croissance, il semble bien que les entreprises à l’origine de la production musicale soient forcées de s’entendre pour ne plus dépendre du bon vouloir d’acteurs comme YouTube par exemple. Bien sûr, cela demanderait des investissements considérables, mais la numérisation des œuvres est achevée, on  ne se pose plus désormais cette question comme au lancement de Presplay.

Même si la distribution est un autre métier, est-il si impossible de voir émerger de la part des producteurs de musique une solution durable et un nouvel écosystème pour contrer les acteurs déjà en présence ? Ce serait le moyen de mutualiser tous les contenus produits. L’abonné à ce service aurait ainsi accès à tous les contenus de l’artiste. Musique, vidéos, interviews, infos, photos,  fil twitter…  Espérons qu’ils n’attendent pas que ce soit trop tard pour réagir et sortir du cadre de pensée dans lequel une grande partie des acteurs sont confinés depuis bien longtemps.

Auteur : admin

Usages, consommation, modèles économiques : Ce que change et implique le passage à un monde dématérialisé Ex Universal, France TV, Les Echos Passionné d'actu, de musique, cinéma, économie, nouvelles technologies...

  • Agnès PORTAL

    Bonjour Luc, petit tour sur votre blog après notre rencontre au MIDEM… Je partage en grande partie votre analyse, je serais cependant plus optimiste (c’est dans ma nature !) : je pense que cette réduction du secteur physique a l’avantage d’obliger les producteurs musicaux à imaginer d’autres solutions pour rentabiliser leurs investissements, et va donc donner un renouveau à l’ensemble de la filière. Car, comme le rappelle justement Jean-Noël Tronc, nouveau directeur de la SACEM, le secteur musical en France représente globalement (tout confondu c’est-à-dire les droits, les concerts, la musique enregistrée, les discothèques, les instruments, les matériels d’écoute, la presse spécialisée, la formation…) entre 6 et 8 milliards d’euros ! Un marché donc bien trop important pour disparaître : de telles sommes donnent de l’imagination !! Alors oui, ce marché sera sans doute très différent dans quelques années, mais c’est tant mieux, non ? Et le MIDEM permet effectivement de voir que les idées commencent à affluer…