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Médias, Musique, Cinéma : Chronique d’un monde digital

L’industrie du disque : une industrie du support édité

La matérialisation de l’œuvre enregistrée

La musique est un mode d’expression qui existe depuis  plusieurs siècles, mais le fait de pouvoir l’écouter grâce à un support matérialisé ne date que de la fin du 19 e siècle. Cette époque marque aussi la naissance de l’industrie du disque que l’on connaît encore aujourd’hui qui a été un moteur du développement de l’écoute privative de la musique. Auparavant, l’écoute de la musique se faisait de manière collective lors de spectacles vivants ce qui limitait les modes d’écoutes dans des lieux plus privés et ne permettait pas une commercialisation.

Pour mieux appréhender le fonctionnement de l’industrie du disque et les enjeux qui sont liés aujourd’hui à la numérisation ou la dématérialisation de la musique, il est important de retracer les évolutions et les différents enjeux qu’a connu le secteur du disque et de la musique enregistrée depuis la fin du 19 e siècle.  Mais le fait de reproduire sur un support matériel un produit culturel n’est pas un mode de reproduction nouveau, l’imprimerie étant le premier mode de reproduction à grande échelle mais deux facteurs seront de nature à favoriser la matérialisation de la musique : la mise en place d’une production de type capitalistique et la création d’une culture de masse avec une diffusion à grande échelle [ Flichy, 1991].

Pour Patrice Flichy, le facteur principal réside dans la capitalisation de l’économie. Entre 1870 et 1890, il se produit une intensification de la production de masse. La production passe d’un type artisanal à une production à plus grande échelle qui donnera ensuite naissance au phénomène de consommation de masse et de culture de masse puisque les biens culturels n’échappent pas au système de capitalisation.

C’est dans un contexte de forte capitalisation que les techniques ont émergé permettant ainsi l’enregistrement sonore, la reproduction mécanisée du support et l’écoute de la musique par le biais de techniques de médiation. Deux américains inventèrent des techniques permettant au public de consommer de façon plus privative la musique. Il s’agit du Phonogramme d’Edison et du Gramophone de Berliner. Il n’est pas anodin de remarquer que c’est au Etats-Unis, pays où l’on peut compter une population assez fragmentée que la consommation privée de musique va connaître un réel essor. Berliner prendra vite l’ascendant sur son concurrent du fait de la plus grande facilité de reproductibilité de son disque par rapport au rouleau  d’Edison. Très vite et grâce à sa position de fabricant de matériels techniques, Berliner va étendre ses activités à l’édition musicale et crée le premier studio d’enregistrement commercial dans la ville de Philadelphie en 1900. Il s’agit de la Gramophone Company qui va ainsi maîtriser toute la chaîne de la musique enregistrée qui va de l’enregistrement à la production de matériel.

Rapidement, la production musicale qui au début se limitait à une clientèle bourgeoise, va se démocratiser pour toucher un public plus large. En peu de temps, certains grands acteurs vont apparaître et vont dominer le marché. Au début du 20 e siècle, cinq firmes dominent le marché mondial dont quatre aux Etats-Unis et la société Pathé en France.

La nature des entreprises que l’on connaît aujourd’hui résulte de nombreuses opérations de concentration mais le marché reste dominé par 5 majors du disque même si des rapprochements entre ces 5 entreprises sont envisageables dans l’avenir.

L’un des facteurs permettant d’accélérer la diffusion de la musique et l’augmentation des volumes distribués reste l’innovation technologique. L’industrie peut s’appuyer en effet sur les différentes innovations pour faire progresser sa production vers un usage plus généralisé. L’invention du microsillon en 1948 par la société CBS permet de proposer aux clients des disques qui contiennent de 20 à 30 minutes par face contre 4 minutes seulement pour le 78 tours. La progression rapide du microsillon a pu s’appuyer sur une demande de masse importante notamment de la part de certaines catégories de la population comme les jeunes qui vont s’approprier véritablement ce support grâce au phénomène de scarification et des tubes qui en découlent.

« Les producteurs sont contraints à des efforts permanents de renouvellement des formes et des genres ; en l’absence d’innovations, ils ne peuvent escompter garder longtemps les positions qu’ils avaient  acquises » déclare Bernard Miège, il indique aussi qu’il y a en parallèle de la diffusion à grande échelle des supports musicaux, un phénomène de privatisation des usages et que la pratique musicale tend à devenir moins familiale et plus individuelle. Cette croissance de la consommation individualisée de musique se fait au détriment des spectacles vivants dont les entrées chutent sensiblement pour atteindre 14 % des dépenses culturelles des ménages en 1985 contre 22 en 1960 [Miège, 1996].

Le lancement du disque compact en 1982 accentuera ce type de changement dans le comportement du public vis à vis de sa consommation de musique.



 Les 5 principales majors de l’industrie du disque sont Universal Music, Sony Music, EMI Group, Warner Music et BMG. Depuis 2 ou 3 ans, l’actualité est rythmée par des rumeurs de rapprochements concernant surtout Warner Music, BMG et EMI Group, les 3 groupes ayant une position moins dominante qu’Universal Music et Sony Music.

Auteur : admin

Usages, consommation, modèles économiques : Ce que change et implique le passage à un monde dématérialisé Ex Universal, France TV, Les Echos Passionné d'actu, de musique, cinéma, économie, nouvelles technologies...

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