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Médias, Musique, Cinéma : Chronique d’un monde digital

Musique enregistrée : vers un néo féodalisme au sein d’une économie globalisée ? ? ?

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La musique enregistrée, on peut même parler de secteur ou d’industrie de la musique dans son ensemble, étant donné que l’oeuvre est reproduite, a été l’un des premiers secteurs touché par la mutation de la technologie et de l’économie dans son ensemble.

 

Ce qui se produit au sein de l’économie globalisée, et notamment des nouvelles entreprises technologiques à majorité américaines, est bien représentatif de ce qu’il se passe dans la musique. A savoir, qu’il y a une réelle compétition et une recherche de taille et de valeur pour être et rester le leader. Auparavant, dans l’économie, vous aviez 4 ou 5 gros acteurs qui pouvaient se développer et avoir des marges confortables et chacun se partageait une part du gâteau. Je parle d’entreprises comme Ford, Michelin, Nestlé, General Electric, Philips ou Sony. Toutes ces entreprises faisaient et font encore travailler des centaines de milliers de personnes dans le monde et même si pour certaines elles ont eu des hauts et des bas, elles doivent toujours innover et se repenser pour rester dans la course. N’oublions pas non plus le but d’Henri Ford ou de la famille Michelin qui était de compter également sur ses salariés qui étaient eux aussi des clients de la marque., parfois même les premiers clients. Henri Ford avait par exemple en 1914 doublé le salaire minimum payé dans ses usines et réduit le temps de travail de ses ouvriers tout cela pour soutenir les ventes de sa Ford T qui s’en retrouvèrent à l’époque découplées.

 

De nos jours, avec le capitalisme globalisé représenté par des groupes comme Apple, Amazon, Microsoft, Alphabet (anciennement Google) ou encore Facebook et Amazon, il faut être leader pour s’en sortir et ramasser la mise. Il n’y a plus de place pour les seconds. Voilà pourquoi les valorisations en bourse d’Apple et consorts explosent en bourse et prennent le peloton de tête.

 

Ces entreprises qui n’existaient même pas il y a 15 ans pour certaines, aspirent tout sur leur passage et ne laissent que quelques miettes pour les autres qui sont condamnées a disparaître ou être avalées. La capitalisation d’Apple et d’Alphabet représente quasiment à elles seules, la totalité de la valeur du CAC 40 français, les 40 valeurs les plus importantes en France, avec des entreprises en son sein comme Airbus, Sanofi, Total, LVMH, BNP Paribas, Danone, Axa ou L’oréal.

Quel sera le prochain secteur attaqué par ces entreprises américaines ultra puissantes ? La banque, l’automobile, la robotique ?

 

Pour la musique, va t-on au final ne voir que des Universal, Spotify, Apple et You Tube sortir vainqueurs de cette compétition et qui auront donc la maîtrise et le contrôle total de ce que l’on va écouter et se partager la grande majorité des revenus et profits comme peut le faire Apple dans la téléphonie mobile et les téléphones intelligents ?

 

Cela en prend malheureusement le chemin, une très grosse partie de la musique est désormais produite, distribuée ou diffusée que par une poignée d’acteurs. Fini le temps du disquaire indépendant et du label indé qui arrivait à s’en sortir dignement.

 

Moins d’acteurs, c’est moins de diversité, de pluralisme et d’inventivité.

Il n’y a qu’a voir comment le dernier album d’Adele a étét attendu comme le messie cet automne, comme si à elle seule, elle allait rattraper une année, comme si une seule artiste allait être le disque de l’année que tout le monde se doit d’avoir acheté. Pas étonnant qu’il paraisse à 1 mois de Noël et que les distributeurs ou médias relaient et amplifient l’effet de la sortie. A l’heure où plus grand monde achète de disques, le fait que cet album soit déclaré comme le plus vendu aux Etats-Unis ou en Angleterre la première semaine de sa sortie est un sacré pied de nez mais n’est pas un bon signe non plus pour l’ensemble de la filière musicale. Cela prouve bien que de remplir les Carrefours ou Costco aux Etats-Unis de palettes de disques et de scénariser la sortie de l’album paie encore et que le public populaire achète encore du disque et passe à la caisse pour cela. Adèle ne part pas non plus de zéro, là encore, une artiste avec déjà une histoire et une carrière et la meilleure assurance d’avoir des gens qui paient pour un album complet ce qui n’est pas le cas avec le streaming et qui prouve une nouvelle fois que les maisons de disques qui pensent que le streaming sera leur planche de salut se trompent et n’ont qu’une vison court termiste.

 

La sortie de l’album d’Adèle prouve encore qu’il est possible pour les producteurs et distributeurs de vendre de la musique et ce quand ils ont la maîtrise de la sortie et la distribution.

 

On en est donc là, comme dans la nouvelle économie globalisée, une poignée ramasse tout. Que ce soit chez les artistes ou dans la production ou la distribution numérique. Soit vous êtes leader, vous passez à la radio, énormément même, et vous vendez encore votre musique et des places de concert. Si vous êtes dans le camp des challengers ou des anciens leaders, va falloir s’accrocher car la chute peut être terrible et fulgurante.

 

Voilà pourquoi un groupe comme Coldplay, Rihanna ou Madonna s’accrochent et sortent des disques à intervalles très rapprochés pour rester dans la course et font des tournées à longueur d’année pour ne pas laisser la place de tête tant recherchée.

 

La liste d’artistes qui sortent des disques dans le plus grand anonymat ne cesse de s’allonger. Certains qui vendaient des centaines de milliers de disques se retrouvent désormais parfois dans les entrailles des classements à peine 3 semaines après avoir sortit un nouvel album et tombent dans l’anonymat en quelques années.

 

Seul le petit groupe de fans qui est abonné au Facebook ou mailing list de l’artiste est encore au courant de la parution des nouveaux titres et après ce groupe épuisé plus aucun relai.

 

Combien de stagiaires en plus chez Universal pour que Pascal Nègre conserve ses émoluments en fin de mois  alors que dans ses actes et déclarations il n’a rien vu venir de cette mutation et qu’il fait juste une gestion de petit épicier dictée par le directeur financier qui lui décide des réels arbitrages à faire. Combien d’artistes et de promesses en l’air sur un énième décalage de date de sortie et d’un album qui finalement sera jeté en pâture dans une totale indifférence générale. Comme dans l’automobile par exemple, le salaire du dirigeant dans une major a connu une croissance astronomique par rapport à celui de ses clients ou de la grande majorité des artistes qui peuvent être considérés comme des travailleurs qui subissent les contrecoups d’une globalisation à l’extrême.

 

Le rétrécissement du nombre d’acteurs tout au long de la filière musicale entraîne donc une réduction gravissime de l’offre et de la variété de musique produite et une extrême concentration entraîne là aussi une diffusion qui ne se concentre que sur quelques artistes dont les titres sont diffusés parfois toutes les deux heures sur les ondes d’une même radio. Des playlistes des radios jusqu’aux plate formes de streaming, rien de remplacera une mise en avant et une recommandation de musique plus humaine et laissant place aux émotions qu’à des algorythmes ou des panels ou tests dont ensuite découlent des les programmations musicales des radios.

 

A notre époque, c’est bien ce qui manque : une véritable mise en avant de la musique qui laisse transpirer l’émotion de celui qui parle de la musique qu’il a aimé et qu’il souhaite promouvoir. C’était le cas dans les rayons de disques, dans la presse ou à la radio lorsque les animateurs et programmateurs ne composaient pas seulement leurs programmations à l’aide de logiciels, panels ou de tableaux excels.

 

C’est donc dans un infini entonnoir dans lequel se retrouve l’avenir de la musique que nous écoutons et écouterons. Désormais, juste une poignée d’acteurs décident de ce qui se produit et ce qui sera diffusé. Cela devient vraiment une situation insupportable dont les conséquences ne sont pas nouvelles pour les lecteurs de ce blog. Cette extrême et inhabituelle concentration comme dans d’autres nouveaux secteurs de l’économie va donc aspirer la majorité des profits vers une liste de plus en plus réduite laissant l’autre partie sur la touche et qui devra vivre de subventions. Mais c’est surtout la création et notre capacité à trouver de la nouvelle musique à écouter qui est également en jeu.

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La musique enregistrée est désormais et encore plus qu’avant, une économie de rente, un véritable néo féodalisme avec une poignée d’acteurs, dominé par Universal Music qui détient à elle seule par exemple 45 % du marché français et environ la même part des diffusions radios en Grande Bretagne ne laissant pour la Grande Bretagne par exemple, que 3 % pour les indépendants dans les diffusions radios en 2015.

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Autre syndrome en 2015, il s’est vendu plus d’albums de back catalogue que de nouveautés aux Etats-Unis et ce malgré les 7.5 millions de ventes d’Adele en Amérique.

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Il ne sera donc pas étonnant de probablement voir dans un proche avenir Universal Music dominer encore plus sur le marché mondial de la musique enregistrée pour pourquoi pas atteindre peut être 60 % ou plus de la musique vendue et diffusée sur certains territoires

 

Contrairement à la majorité des personnes qui s’expriment sur le sujet, je pense toujours que la numérisation de la musique aura et à déjà des conséquences sur la consommation, la production et sa diffusion. Les dépenses de musique digitales baissent même selon certaines études récentes. Seul le marché vers les entreprises progresse, cela prouve que les producteurs et distributeurs de musique n’arrivent plus à séduire et rencontrer le large public. Et ce n’est malheureusement en ne réservant certaines sorties qu’à quelques plateformes de streaming ou au premium que la situation va s’améliorer. L’impasse est réelle et les principaux acteurs et décideurs ne semblement toujours pas vouloir donner de dignes ou d’orientations capables de de la valeur à leur industrie comme ont pu le faire des secteurs comme le cinéma ou les jeux vidéos.

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Sommes nous prêts à céder à des algoryhtmes et une poignée d’acteurs ce que l’on va écouter comme musique ? Allons nous laisser la production et la distribution s’atrophier a l’extrême pour que l’ensemble des revenus et surtout des profits aillent vers une liste de plus en plus réduite ne permettant plus la tendance historique de la péréquation vertueuse ?

 

Il est temps de rentrer en résistance et de reprendre le pouvoir. Le pouvoir en tant que client et d’auditeur ou de fan c’est de pouvoir dire ça j’aime ou ça j’aime pas et de soutenir des artistes et de refuser que la musique ne se résume qu’à un robinet de musique compressée où l’utilisateur lambda se retrouve parfois impossible de choisir et se laisse finalement embarqué à n’écouter que des listes qu’on lui propose. il faut que l’amateur de musique redevienne actif pour lutter contre cette forme de liberté qu’on lui promettait avec le streaming alors que ce n’est qu’un outil qui entraîne la passivité et la facilité, tout le contraire de ce qui faut être face à de la musique qui est censée déclencher des émotions et une réaction de la personne qui l’écoute.

 

Auteur : admin

Usages, consommation, modèles économiques : Ce que change et implique le passage à un monde dématérialisé Ex Universal, France TV, Les Echos Passionné d'actu, de musique, cinéma, économie, nouvelles technologies...