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Que le Fauve retourne dans sa cage

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Bien avant eux, des artistes comme Damien Saez ou Téléphone avaient crié leur impuissance face aux tumultes de la vie, de la société, comme un exutoire relayé par leurs semblables devenu leur public. Fauve s’est construit petit à petit, via internet et un excellent buzz soutenu par la sortie de leur premier EP en 2013. En ce début février sort leur album « Vieux frères », le Fauve est donc lâché et rien ne semble pouvoir lui résister mais il commence déjà à tourner en rond !

Comment un groupe, « une corporation » de non musiciens sont donc arrivés à remplir 20 dates au Bataclan sans promo mais en bénéficiant d’un bouche à oreille très efficace, cultivant en parallèle une grande discrétion jusqu’au jour J de la sortie de l’album « Vieux frères » où la fusée prend son envol et écrase tout sur son passage. Même Stromae doit abandonner sa couronne gagnée depuis l’été 2013 avec panache .

Pourquoi donc un telle vague Fauve en ce début d’année ?

Retour sur leur premier EP, « Blizzard » : Sincèrement, on sent tout de suite que le groupe est bien plus inspiré par le milieu du Rap que Rock, c’est certain, mais sur ce premier EP, il faut bien reconnaître qu’il y a des chansons touchantes, bien faîtes, avec des mélodies et refrains qui vont droit au but. Des titres comme « Blizzard » ou « Haut les cœurs » auraient tout à fait pu passer en radios même s’il y a un débit de paroles plutôt stressant pour l’auditeur…

Fauve n’est pas composé de musiciens et cela se ressent. Ce qui pouvait passer pour des défauts de jeunesse pour leur EP révèle les faiblesses de leur album « Vieux frères ». Oui, les rythmiques, les cœurs et les accords de guitares sont identiques morceaux après morceaux. L’informatique dans la musique permet une économie dans les processus d’enregistrement et une grande facilité pour la construction d’une chanson, mais dans leur cas, on sent bien que la machine est au cœur de leurs chansons et c’est très lassant au final sur tout un album. Il suffit de prendre les titres « Haut les cœurs » et « Lettre à Zoé » pour découvrir leur criant manque de créativité dès le premier album ! Oui, ce groupe se copie déjà alors qu’ils en sont au premier album. Que des critiques de disques puissent parler de révélation ou d’événement pour la sortie de leur album est un peu étonnant, surement pour s’excuser de prendre le train en marche.  Il faut reconnaitre que leur album n’est pas à la hauteur, on se sent mal à l’aise à l’écoute, l’ambiance est lourde, et le tout est beaucoup moins mélodieux que sur leur EP. Un 6 titres a au moins la qualité d’aller à l’essentiel quand leur album de 11 titres tourne complètement en rond toujours autour de la même base de rythmiques, chœurs et accords de guitares.

A trop vouloir être indépendant et tout vouloir faire soi même et ne pas vouloir être signé, le groupe va peut être se saborder de lui-même tellement il est déjà une copie de ce qu’il fait. Alors oui cela se vend très bien, cela fait baver les maisons de disques car leur album va très bien continuer à se vendre et leurs concerts vont être bien pleins, car le public est là, le groupe bénéficie de cette aura qui fait qu’une fois que la bête est lâchée, il faut un certain temps pour qu’elle se calme. Il y a une alchimie entre le public et ce groupe et personne ne peut le nier. C’est en tout cas bien révélateur de la psychologie du public actuel, qui fonce sur des artistes pendant plusieurs mois pour les abandonner petit à petit. Pour Fauve, il faut reconnaître que le travail en amont a été important. Le groupe a près de 300 000 fans sur Facebook et distille intelligemment sur Twitter, Youtube et Instagram et le site fauvecorp.com permet de diffuser musique, vidéos, infos et produits dérivés avec une grande efficacité.

Que Fauve profite de son succès, je trouve que musicalement ce n’est pas justifié, surtout depuis la sortie de leur album, pour moi ils auraient du s’arrêter à leur EP, ils ont du travailler pour arriver là où ils sont, qu’ils en profitent donc aujourd’hui.

Auteur : admin

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