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Rencontre avec Célia Pénavaire, Community Manager du quotidien Les Echos

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Page d'accueil lesechos.frCélia Pénavaire est Community Manager du quotidien Les Echos depuis 2010. Journal qui vient récemment de changer de Président. Nicolas Beytout a été remplacé fin septembre par Francis Morel qui a annoncé le 13 décembre de profonds changements au sein du premier quotidien économique français.
Plan d’économies, diversifications et développement numérique sont les 3 piliers de cette nouvelle politique au sein du journal orchestrée par celui qui à profondément transformé Le Figaro pour en faire un groupe rentable dont toutes les diversifications (numérique, collections, édition, événements…) pèsent à présent 25 % du chiffre d’affaires du groupe.

Il est donc à souhaiter que ce changement de cap permette au quotidien économique confronté, comme l’ensemble de la presse, à une mutation des usages et une baisse des investissements publicitaires, de retrouver l’équilibre dans les prochaines années.

Luc Michat : Quelle était ta mission initiale lors de ton arrivée à ce poste ?

Célia Pénavaire : Ma mission était et est toujours de diffuser le contenu des Echos sur les réseaux sociaux. Il y a 2 objectifs : un objectif d’image de marque, de création d’une communauté autour de la marque et d’un lien entre les lecteurs et Les Echos. Il y a également un objectif d’audience.

LM : Combien de journalistes utilisaient Twitter à ton arrivée ?

CP : Une quinzaine.

LM : Et aujourd’hui ?

CP : Environ 80, la liste est sur www.lesechos.fr/twitter et il y a aussi des personnes dans tout le groupe qui tweetent de plus en plus.

LM : Quel est ton emploi du temps ? Arrives-tu à couper le cordon quand tu as quitté le bureau ?

CP : Non… (rires), c’est très difficile, ça peut être un boulot 24h/24. En général, je commence le matin vers 8h00 et je continue souvent en rentrant chez moi le soir. Globalement, j’essaie de faire du 8h/20h.

LM : On sait justement que le prime pour les réseaux sociaux c’est 8h à 9h le matin et 20h / 21 h ?

CP : On le voit en effet, de 8h à 9h les gens sont dans les transports sur leurs Smartphones donc Twitter marche très bien le matin, Facebook ça marche tout au long de la journée car les gens en font plutôt une utilisation sur leur poste fixe.

LM : Y a-t-il déjà eu une « Une » liée à des infos sur Twitter ?

CP : Pas spécialement. Les infos sortent en premier sur Twitter mais le travail des journalistes ne change pas, il doit toujours vérifier l’info avant de la faire paraître, qu’elle vienne de Twitter, de l’AFP ou d’un appel téléphonique, peu importe. Twitter accélère juste le processus. Et plus ça va et plus on aura d’infos qui viennent des réseaux sociaux et le travail de vérification restera primordial.

LM : Quel est ton rôle vis-à-vis des journalistes ?

CP : J’ai surtout un rôle de formation. Quand j’ai commencé, personne ne savait ce qu’était ce métier (de Community Manager, ndlr). Depuis, j’ai formé 70 journalistes sur Twitter notamment et je fais du « consulting » pour d’autres filiales (Les Echos Conférences par exemple, ndlr) et certaines fonctions support du groupe. C’est surtout un rôle d’évangéliste.

LM : Quelles étaient les principales craintes ?

CP : « Qu’est ce que je vais dire ? »,  « Pourquoi faire ? » Il a fallu que je leur démontre quel était l’intérêt pour eux car cela prend du temps. Derrière il faut que cela apporte quelque chose dans le travail quotidien de chacun. En fait, ils se sont beaucoup appropriés Twitter comme outil de veille, ils ne publient pas forcement beaucoup de choses mais ils surveillent beaucoup les gens de leur secteur cela a été un des arguments de masse.

LM : N’y a-t-il pas une forme de plus grande liberté de parole, de ton, de la part des journalistes sur Twitter par rapport au ton employé dans le journal ?

CP : En 140 signes tu n’as pas forcement le même ton que dans un papier, après il n’y a pas de consignes, ce sont des gens intelligents, au Wall Street Journal, par exemple, il n’y a qu’une seule consigne : « Don’t be stupid ». On peut avoir une liberté de ton, Twitter  peut être un langage oral mais on doit toujours faire  attention à ce que l’on dit, c’est juste du bon sens.

LM : Donc tu fais également aussi attention à l’e-réputation pour tout le groupe ?

CP : Oui, pour Les Echos, l’e-réputation se joue plus en externe qu’en interne, j’ai totalement confiance, je ne surveille pas les journalistes.

LM : As-tu eu des remarques de gens qui tweetent quand ils tombent sur une info payante par exemple ?

CP : Il y a toujours des gens qui râlent, qui te disent vous avez fait une faute d’orthographe ou votre info est déjà sortie hier, mais ça reste très rare, Les Echos est une entreprise qui a une bonne image, et mon travail en est d’autant plus facile.

LM : Y’a-t-il des gens qui te contactent pour te dire qu’ils n’ont pas reçu le journal du jour par exemple ?

CP : Oui, j’assure le service après-vente. C’est très important, ça me permet de remonter des infos à la diffusion ou service abonnement par exemple. Mais cela n’arrive pas tous les jours non plus.

LM : Comment arrives tu à concilier à la fois information et la communication à travers la présence du média Les Echos sur les réseaux sociaux ?

CP : Globalement, je fais la promotion du contenu. On a cette force, cette matière au départ, qui me sert de support de communication. Je traite peu la communication corporate. Mon seul objectif : « faire valoir le contenu des Echos. »

LM : De part ton rôle dans le journal et tes participations à de nombreux rendez-vous sur le digital, tu es parfaitement au fait des perspectives plus que délicates et sombres pour la presse papier dans le monde et notamment en France, on peut le voir avec La Tribune ou France Soir. Des études américaines sont très sombres à ce sujet et de nombreux grands quotidiens ont cessé de paraître aux Etats-Unis. N’as-tu pas constaté au sein des journaux français, un certain manque de réactivité et d’anticipation face à la montée de la gratuité et de la dématérialisation des contenus ?

CP : Non, c’est beaucoup plus complexe que cela, aux Etats-Unis et dans les pays Anglos saxons, ils n’ont pas du tout la même consommation du digital.  En outre, la presse française et ses énormes structures ont mis du temps à s’adapter mais je crois que nous avons rattrapé notre retard. Le « digital first » devient désormais la priorité dans toutes les rédactions.

Auteur : admin

Usages, consommation, modèles économiques : Ce que change et implique le passage à un monde dématérialisé Ex Universal, France TV, Les Echos Passionné d'actu, de musique, cinéma, économie, nouvelles technologies...