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Médias, Musique, Cinéma : Chronique d’un monde digital

Le retournement de tendance du marché de la musique enregistrée en France, est-il une si bonne nouvelle ?

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Stromae-Daft-Punk

© ABACA

Loin de moi l’idée de ne pas me réjouir d’un retournement du marché du disque en France alors que depuis plus de 10 ans la filière à perdu 70 % de son chiffre d’affaire.

La hausse de 6,1 % reste tout de même précaire et principalement due au succès de quelques albums qui se sont bien vendus comme les Enfoirès, Génération Goldman et le dernier Daft Punk. Dans le numérique, on assiste à une sensible baisse de l’acte d’achat par titres au profit d’un téléchargement d’albums complets. La part de marché du numérique en France se maintient à 30 % sans vraiment marquer un véritablement transfert.

Même si l’achat d’albums en téléchargements et l’abonnement en streaming montrent des signes de bonne forme, au total, le marché numérique ne décolle pas suffisamment pour compenser et remplacer dans le futur le disque physique. Car au rythme des nouvelles (Disparition de Virgin Megastores, suppressions de postes à la Fnac…) oui, le disque physique ne fera bientôt plus partie de notre quotidien car nous n’en trouveront simplement plus à portée de mains et que pour une grande partie du public, le plus jeune (oui oui, les digital native, toujours eux), le support à disparu dans les usages mais aussi dans un grand nombre de points de ventes.

Cette hausse au premier semestre révèle surtout une grande concentration, une faible exposition des œuvres enregistrées et au final un petit nombre d’élus.Désormais, comme pour le cinéma, les sorties d’albums doivent faire leurs preuves très rapidement sous peine de disparaître aussi vite. Parfois, en quinze jours ou trois semaines l’avenir d’un album est scellé. Si le public n’a pas connaissance de la sortie par la radio, la presse ou la télévision, l’album est condamné. Ce n’est malheureusement pas via les sites de streaming qu’il aura cette information. Il n’y a pas encore une bonne publicité et exposition des sorties sur ce type de sites.

Un nombre d’élus toujours plus restreint

Depuis ce début 2013, si l’on analyse les sorties, il n’y a pas eu grand-chose à ce mettre entre les oreilles et le succès du dernier Daft Punk traduit simplement le manque de diversité que ce soit en sorties internationales que nationales… Le très bon marketing avant et autour de la sortie de l’album ont fait que cet album été le parfait élu pour être un incontournable de l’année que chaque frange de la population se doit d’avoir. Que le succès d’un seul album comme celui de Daft Punk puisse modifier les chiffres de ventes et le chiffre d’affaire de la filière de la musique enregistrée est bien un signe de grande vulnérabilité. Cela prouve d’une part que le disque physique n’a pas rendu encore l’âme car la progression du chiffre d’affaire en valeur est à lui imputer en particulier et d’autre part, qu’il y a une véritable concentration dans l’exposition et les sorties de disques. Pour qu’un album soit un véritable succès, il faut que ce succès se fasse sur plusieurs mois avec de nombreux singles en exploitation comme cela a été le cas pour Adèle par exemple. Combien d’artistes peuvent se targuer d’enchaîner hits sur hits afin d’avoir un album qui devienne incontournable comme cela a été le cas pour Mika pour son premier album mais qui depuis n’arrive plus à trouver ce même succès ? Ils seront peu cette année à pouvoir enchaîner les hits en radios et à la télévision comme David Guetta. Avicii en a en tout cas le potentiel, son premier album regorge de titres, il fait le job.

Le physique largement majoritaire dans les grosses ventes d’albums

Et qui dît album qui se vend bien, dît album qui se vend en physique. Car que ce soit Céline Dion, Génération Goldman, Sexion d’assaut ou Adele, le taux de vente en physique est entre 85 et 97 % !Il y a donc un réel besoin de posséder un disque à succès, comme pour montrer aux autres que l’on en est propriétaire et pouvoir le partager. L’engagement de l’acheteur est donc bien différent dans ce cas. Il permet ainsi une forme de recommandation.

Daft Punk avait donc de même la voie assez dégagée lors de la sortie de leur album car aucune sortie nationale ou internationale n’a vraiment été marquante ce premier semestre. Celui qui a marqué également l’année 2013 c’est Robin Thicke avec un album paru en juillet mais son succès s’est fait principalement en radio, streaming et singles. L’album ne se vend que timidement.

Au niveau national, il faut saluer les bons résultats de l’album de Maître Gims, qui confirme le succès de la branche « Sexion d’Assaut, Christophe Maé ou Zaz tous sortis en 2013.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que parmi les 20 meilleures ventes d’albums en France pour les 6 premiers mois de 2013, Universal Music France ne classe que 3 albums, le premier apparaissant en 14 e position avec Vanessa Paradis et son Love Songs. Le groupe pense surement se rattraper avec les nombreuses sorties prévues de la rentrée la période de noël (Placebo, Avicii, Katy Perry, Lady Gaga, Florent Pagny, De Palmas…) De là à penser que la major de la rue des Fossès Saint Jacques réserve toutes ses cartouches pour le dernier quart de l’année, là où les ventes et le chiffre d’affaire sont les plus importants… Plus de 70 % du chiffre d’affaire se fait en effet sur la période Septembre / Décembre. Pour l’industrie du chocolat c’est 80 % sur décembre.

Ce que je tente de montrer, c’est que la raréfaction de l’offre et le manque d’exposition en magasins et en digital font que peu d’élus arrivent à percer et à toucher le public. Depuis cet été Stromae a tout écrasé comme Daft Punk quelques mois auparavant mais qui a eu connaissance de la sortie du nouvel album de Travis par exemple ? Groupe qui depuis des années sort albums sur albums dans une certaine indifférence générale.

De nombreux anciens gros vendeurs se transforment en petite bougie qui s’éteint peu à peu et leur carrière n’est plus qu’un souvenir. Pas sûr que cela serve la filière musicale qui doit une grande partie de son activité et de son chiffre d’affaire au back catalogue et aux carrières longues, très longues…

Auteur : admin

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