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Médias, Musique, Cinéma : Chronique d’un monde digital

Une énième année de baisse du marché de la musique enregistrée en France en 2012

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photo Snep Midem 2013

Les années se suivent et se ressemblent dans la musique enregistrée. Comme annoncé ici il y a déjà quelques jours, la baisse des ventes de musique enregistrée se situe exactement à -4.4 %.

Le marché physique (les ventes de disques) baissent de près de 12 % alors que la progression pour les ventes numériques est de + 13 %. A noter la progression des droits voisins (droits de diffusion et de copie privée) qui progressent de 7.5 % sur 2012.
Le chiffre d’affaire de la musique enregistrée n’est plus que de 589.7 millions d’euros sur 2012 contre 1.3 milliards en 2002 soit une baisse de 55 % en 10 ans ! Il y a encore du chemin à parcourir pour redresser la barre car même si les chiffres sur le numérique sont satisfaisants, il ne compte que pour 25 % du chiffre d’affaire. La lente et durable baisse se poursuit donc.

Le CD 2 titres est en train de vivre ses dernières heures avec une chute de 44 % de ses ventes en 2012. L’écoute au titre se faisant bien souvent en streaming désormais… Le point positif est que la France est le second pays derrière la Suède pour le poids du Streaming dans le chiffre d’affaire du numérique. Cela peut aussi poser des interrogations également sur un basculement du comportement des consommateurs de musique qui ne désirent plus la posséder mais juste l’utiliser pendant une certaine période. Ce court-termisme est selon moi un sujet qui peut inquiéter les producteurs de musique qui cherchent avant tout un investissement sur le long terme et la l’établissement de carrières longues beaucoup plus rentables. Pour le public 15/24 ans, ils sont 93 % à consommer de la musique sur Internet dont 82 % via le streaming. Comme pour la presse, ce ne sont que les publics mûrs qui achètent le support enregistré ou imprimé.

Autre sujet qui peut inquiéter, selon le SNEP, la hausse des coûts de production qui a été de 17 % entre 2009 et 2011 est un lourd handicap pour le répertoire français. A contrario d’autres secteurs culturels comme le cinéma qui peut se délocaliser dans les pays de l’est pour les tournages, les musiciens et techniciens dans la production musicale, restent français. Là encore, le statut d’intermittents est remis en cause en filigrane. Même si entre 2011 et 2012, le nombre d’albums francophiones commercialisés a progressé de 19 %, Pascal Nègre d’Universal Music France a bien indiqué que comme tout investisseur, les producteurs de musique ont besoin d’avoir de la visibilité pour investir. La rentabilité de la filière francophone n’étant pas au rendez vous, il est fort probable qu’à moyen terme, les artistes francophones aient à subir une baisse du nombre de signatures et de sorties d’albums au profit d’artistes internationaux.

YouTube, Google et iTunes dans le viseur

L’hégémonie des acteurs du net devient de plus en plus inquiétante pour les producteurs de musique qui sentent bien qu’ils sont dépossédés de revenus qui devraient leur revenir, eux qui investissent et misent sur des artistes qui finalement sont diffusés et écoutés via des canaux qu’ils ne maîtrisent plus vraiment. Les acteurs prônent un partage de la valeur avec les intermédiaires que sont Google, iTunes ou YouTube par exemple. Le site de partage vidéo a par exemple supprimé toute diffusion de publicité sur les clips musicaux en l’absence de nouvel accord de la Sacem sur la répartition des revenus avec les ayants droits. Pascal Nègre a indiqué que les producteurs de musique français étaient prêts a interdire la diffusion de leurs clips si aucun accord n’aboutissait et si YouTube continuait son boycott.

Le SNEP s’est réconforté de voir que le peer to peer à baissé de 35 % en 3 ans, effet direct de l’Hadopi selon eux. Par contre, concernant la place de la musique à la radio et la télévision, les signaux restent au rouge vifs. Les entrées de titres francophones en radios ont chuté de 20 % en 5 ans et seulement 50 titres différents représentent 48 % des rotations ! Pour Gotye, diffusé 1.6 milliard de fois en radio en 2012, il a été ainsi entendu 24 fois par français en moyenne !

Poids des acteurs du net face aux producteurs de musique Source : SNEP

Poids des acteurs du net face aux producteurs de musique Source : SNEP

Auteur : admin

Usages, consommation, modèles économiques : Ce que change et implique le passage à un monde dématérialisé Ex Universal, France TV, Les Echos Passionné d'actu, de musique, cinéma, économie, nouvelles technologies...